Cuba : Visite inédite de la CIA confirmée, symbole d’un régime de plus en plus asphyxié ?
" Acculée par un blocus énergétique sans précédent et privée de son allié vénézuélien, Cuba a dû ouvrir ses portes au directeur de la CIA, une rencontre au sommet dont la tenue a été confirmée ce jeudi 14 mai. En coulisses, et sur un dossier totalement distinct, Washington prépare l'inculpation historique de Raúl Castro, appliquant à l'île une pression maximale qui rappelle la stratégie ayant fait chuter Nicolás Maduro. "
C'est une image qui signe la détresse d'un régime. Soixante-cinq ans après le fiasco retentissant de la baie des Cochons, La Havane a accepté de s'asseoir à la table de son ennemi historique. Les médias d'État cubains ont en effet rapporté, jeudi, que le gouvernement américain avait réclamé et obtenu l'envoi d'une délégation dirigée par le patron de la CIA, John Ratcliffe. La centrale de renseignement a dans la foulée diffusé des images de son directeur rencontrant les hauts dignitaires de l'île dans la capitale. Autour de la table : le chef des services de renseignement, le ministre de l'Intérieur, et Raúl Guillermo Rodríguez Castro, petit-fils de Raúl et arrière-neveu de Fidel Castro.
Si le discours officiel cubain évoque une volonté d'apaiser les tensions après des semaines de tractations infructueuses, la réalité géopolitique est tout autre. Pour les analystes américains, accepter la présence de la centrale de renseignement sur son sol constitue un aveu de faiblesse monumental pour le régime communiste. La CIA, loin de se cantonner à l'ombre, s'affirme désormais comme le fer de lance visible de la politique étrangère de Washington dans les Caraïbes, signifiant que les États-Unis sont prêts à passer à la vitesse supérieure dans cet affrontement asymétrique.
Famine énergétique et effondrement des soutiens
Cette reddition diplomatique intervient dans un contexte de strangulation économique absolue. Depuis le durcissement du blocus par Donald Trump en janvier dernier, l'île étouffe. Mais le véritable coup de grâce a été porté au début de l'année par l'intervention militaire américaine au Venezuela et la capture de Nicolás Maduro. Du jour au lendemain, Cuba a perdu son approvisionnement vital en pétrole. Les menaces de sanctions américaines contre tout navire pétrolier s'approchant des côtes cubaines ont achevé d'isoler La Havane, à l'exception d'un dérisoire cargo russe toléré pour raisons " humanitaires ". Aujourd'hui, le pays est à l'arrêt. Le ministre cubain de l'Énergie, Vicente de la O Levy, a acté mercredi l'épuisement total des réserves de diesel, plongeant la population dans des coupures de courant atteignant 22 heures par jour. Face à cette " famine énergétique " documentée par l'ONU, les rues s'embrasent sporadiquement, les ordures s'entassent et l'industrie touristique, seule véritable perfusion de devises, est cliniquement morte.
L'ombre de la justice et le scénario vénézuélien
La diplomatie n'est que la face émergée de l'offensive américaine. Tandis que la CIA tâte le terrain à La Havane, le département de la Justice, à Washington, aiguise ses armes de son côté. Selon la presse américaine, les États-Unis finalisent séparément une inculpation contre Raúl Castro, aujourd'hui quasi nonagénaire, pour la destruction en vol de deux avions civils du groupe anticastriste Brothers to the Rescue au début de l'année 1996. Ce drame, qui avait coûté la vie à quatre exilés, offrirait un levier juridique redoutable pour justifier l'escalade actuelle. L'enchaînement de ces événements dessine une méthode de pression maximale qui n'est pas sans rappeler la crise vénézuélienne : effondrement économique, opérations de la CIA, inculpations de hauts dirigeants par la justice fédérale américaine, et déploiement militaire latent. Washington a d'ailleurs multiplié les vols de reconnaissance au large des côtes cubaines. Cependant, si le manuel semble identique, le dénouement pourrait différer. Située à seulement 150 kilomètres de la Floride, Cuba ne nécessite pas le déploiement d'armadas navales. Et, contrairement au système très centralisé de Caracas, la direction cubaine est suffisamment fragmentée pour qu'une hypothétique capture du président Miguel Díaz-Canel ou de la fratrie Castro ne suffise pas, à elle seule, à garantir l'effondrement définitif de l'appareil d'État.
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