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Restes humains kali’na et arawaks : le Sénat adopte la proposition de loi pour la restitution de dépouilles à la Guyane | Guyaweb, site d’information et d’investigation en Guyane

18 May 2026
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Restes humains kali’nas et arawaks : le Sénat adopte la proposition de loi pour la restitution de dépouilles à la Guyane

Le Sénat a adopté ce lundi 18 mai à l’unanimité la proposition de loi pour le déclassement et la remise à la collectivité de Guyane de restes humains kali’nas et arawaks enfermés depuis 1892 dans les collections inaliénables du musée de l’Homme. Il reste à la proposition de loi, soumise à la procédure accélérée, à aboutir prochainement à l’Assemblée nationale pour entériner la restitution des six dépouilles qui rejoindront la maison funéraire d’Ilagu (Iracoubo) où un mémorial a été inauguré en août 2024. 

Les 342 parlementaires présents ce lundi 18 mai au Sénat ont tous voté en faveur de la proposition de loi visant à restituer les dépouilles de six Kali’nas et Arawaks enfermées depuis 130 ans dans les collections publiques, notamment au musée de l’Homme à Paris. Ces hommes et ces femmes, originaires de l’embouchure du Maroni, avaient été exhibés dans des expositions coloniales ethnographiques à la fin du XIXe siècle à Paris. Huit d’entre eux ont trouvé la mort au cours de l’hiver 1892, ont été enterrés, puis récupérés à la demande de scientifiques, avant de rejoindre les collections inaliénables du musée.

Depuis 2021, Corinne Toka-Devilliers, arrière-petite-fille de l’une des survivantes, se bat pour obtenir la restitution des six restes humains et huit moulages encore détenus dans les collections muséales afin de leur offrir une sépulture dont ils sont privés depuis plus d’un siècle.

Pour faire sortir ces dépouilles des collections publiques en dépit de leur caractère inaliénable, l’adoption d’une loi d’espèce a été nécessaire, aucune procédure législative de restitution n’étant organisée par une loi-cadre pour les demandes émanant des territoires ultramarins. Un tel mécanisme existe bien depuis une loi de 2023, mais il ne concerne que les demandes provenant d’Etats étrangers. La proposition de loi permettant le rapatriement des restes humains en Guyane, portée par la sénatrice centriste Catherine Morin-Desailly, corrige ce vide juridique.

« Ce vote n’efface pas les blessures du passé, mais la République reconnaît que nul peuple ne peut être dépossédé de sa mémoire. Ces dépouilles n’ont rien à faire dans les collections publiques et n’auraient jamais dû y entrer« , a notamment déclaré la sénatrice ce lundi lors de l’examen de sa proposition de loi.

Quelques minutes plus tard, c’est non sans émotion que Corinne Toka-Devilliers, entourée du président de la Collectivité territoriale de Guyane Gabriel Serville et du député guyanais Jean-Victor Castor, a accueilli le vote des sénateurs et sénatrices. Très symbolique, ce plébiscite ne souffrait d’aucun suspense après l’adoption à l’unanimité de la proposition de loi mercredi 13 mai par la commission de la Culture du Sénat et le soutien officiel du gouvernement qui a enclenché la procédure accélérée sur ce texte déposé au Sénat en 2024.

Il reste désormais à la proposition de loi à aboutir prochainement à l’Assemblée nationale. Les restes humains devront ensuite sortir des collections publiques « au plus tard le jour marquant l’expiration d’un délai de six mois à compter de l’entrée en vigueur de la loi » indique le rapport du sénateur Max Brisson, rapporteur de la proposition de loi. Une fois restituées, les dépouilles seront ensuite rapatriées en Guyane et rejoindront la maison funéraire d’Ilagu (Iracoubo) où un mémorial a été inauguré en août 2024.

Au-delà des restes humains de Guyane, qui bénéficient d’une loi d’espèce qui leur est propre, les débats ont porté ce lundi sur l’élaboration d’une loi-cadre visant à traiter les demandes de restitution émanant des territoires ultramarins. Le député Christophe Marion (Renaissance) travaille en ce sens et a remis en janvier 2025 un rapport à l’ex-ministre de la Culture Rachida Dati. L’actuelle ministre, Catherine Pégard, présente ce lundi au Sénat, s’est dite favorable à un tel cadre juridique et « souhaite donner suite » au travail engagé par le député Marion, préférant le chemin de la réparation à celui de l’oubli.

Photo de Une : la proposition de loi pour faciliter la remise des dépouilles kali’na et arawaks à la collectivité de Guyane à des fins funéraires a été adoptée au Sénat ce 18 mai en présence d’une importante délégation guyanaise, composée notamment du président de la CTG Gabriel Serville, du député Jean-Victor Castor (MDES) et de la présidente de l’association Moliko Alet+Po, Corinne Toka-Devilliers, qui porte depuis plusieurs années ce combat des restitutions © Capture d’écran Sénat

Pour aller plus loin : relire le dossier de Guyaweb consacré à la restitution des dépouilles kali’na et arawaks