Santé dans les Outre-mer : un rapport alarmant pointe des inégalités criantes
L’Assurance Maladie dresse un état des lieux sans précédent des Drom. Entre précarité, obésité, diabète et faible couverture vaccinale, le constat est sévère. Une dizaine de propositions sont avancées pour rattraper le retard accumulé.
Le rapport « Charges et Produits » 2027, réalisé avec les ARS et les caisses générales de sécurité sociale, révèle des disparités frappantes entre les Outre-mer et l’Hexagone. Si 8 % des métropolitains se déclarent en « mauvais » état de santé, ils sont 14 % en Guadeloupe, Martinique et Guyane, 11 % à La Réunion et 21 % à Mayotte. Les Drom cumulent trois handicaps : une pauvreté 2 à 4 fois supérieure à celle de l’Hexagone, un éloignement géographique qui limite l’accès aux spécialistes et un environnement tropical propice aux maladies vectorielles (dengue, chikungunya, Zika) et aux polluants.
Les habitudes alimentaires se sont dégradées au profit des produits transformés. 52 % des ultramarins sont en surpoids (dont 22,4 % obèses), contre 18 % en métropole. Seuls 39 % des Martiniquais et 16 % des Mahorais consomment quotidiennement des fruits et légumes, contre 59 % dans l’Hexagone. La consommation de boissons sucrées atteint 69 g/jour en Guadeloupe, contre 39 g en métropole. Conséquence : le diabète est 2 fois plus fréquent dans les Drom. La participation aux dépistages du cancer du sein varie de 18,5 % à Mayotte à 55,2 % en Martinique, contre 60 % au niveau national. La couverture vaccinale contre les papillomavirus est très faible : entre 18 et 27 % chez les filles selon les territoires, contre 62 % dans l’Hexagone. Les IST sont également plus répandues, avec des taux de diagnostic 2 à 3 fois supérieurs.
Accès aux soins : une offre à deux vitesses
Si la Guadeloupe, la Martinique et La Réunion bénéficient d’une bonne densité de généralistes, l’offre de spécialistes est insuffisante. En Guyane et à Mayotte, la situation est critique : 9 médecins généralistes pour 100 000 habitants à Mayotte (81 dans l’Hexagone) et seulement 2 spécialistes libéraux. La télémédecine reste sous-utilisée : les téléconsultations sont 3 fois moins nombreuses que dans l’Hexagone.
Santé mentale : une urgence silencieuse
4 jeunes ultramarins sur 10 souffrent de symptômes dépressifs (contre 10 % en métropole). À La Réunion, le taux de suicide est 20 fois plus élevé. L’offre de soins est très insuffisante : 0,3 psychiatre pour 100 000 habitants en Guyane, contre 8,2 dans l’Hexagone.
Les propositions de l’Assurance Maladie
Pour répondre à ces enjeux, l’Assurance Maladie propose d’aligner les taux de sucre des produits vendus dans les Drom sur ceux de l’Hexagone, de lancer un plan diabète, de renforcer la prévention du surpoids infantile, et de sensibiliser à l’alcoolisation fœtale. Elle préconise également d’étendre les compétences des infirmiers pour les dépistages, d’adapter la communication, de mobiliser une campagne de vaccination HPV, de former des ambassadeurs locaux, de développer les dépistages des IST à domicile et de renforcer la télémédecine ainsi que le programme « Mon soutien psy » dans les zones sous-dotées.
Le rapport appelle à une mobilisation urgente. Les inégalités de santé entre les Outre-mer et l’Hexagone ne sont pas une fatalité. Les solutions existent ; il reste à les mettre en œuvre.
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