Grande voix du gwoka guadeloupéen, Évelyne Zénon, dite Cécé, est décédée à l'âge de 82 ans. Chanteuse, danseuse et figure incontournable des léwòz, elle laisse derrière elle une empreinte singulière dans la musique traditionnelle guadeloupéenne et auprès de plusieurs générations d'artistes.
Elle était reconnaissable entre toutes. Par sa voix, son énergie, sa manière de danser et cette présence scénique qui lui avait valu le surnom de " reine du gwoka ". Évelyne Zénon, alias Cécé, s'est imposée au fil des années comme l'une des figures populaires de la musique traditionnelle guadeloupéenne.
Petite par la taille, mais immense par le tempérament et le talent, elle occupait la scène avec une générosité qui dépassait largement son mètre cinquante. Son univers mêlait le chant, la danse et cette relation particulière avec le public qui caractérise les grandes figures du léwòz.
Lors d'une soirée organisée en son honneur au Ciné-théâtre à Lamentin en 2019, Cécé avait encore démontré cette capacité à rassembler. Pendant près de trois heures, artistes et musiciens s'étaient succédés autour d'elle pour célébrer son parcours. Aurel Niçoise, Éric Cosaque, René Geoffroy, Josélita, Zozio, Lucie Jacquet, Lanmou Fanm Ka, Michel Halley ou encore Kafrie Karaibe avaient notamment participé à cet hommage.
La soirée avait pris des allures de grande ronde familiale, avec également la présence de la troupe Konsèp Kabann et de nombreux autres artistes.
Le gwoka comme héritage et comme identité
Au-delà du spectacle, cette soirée avait surtout permis de mesurer la place occupée par Cécé dans le paysage culturel guadeloupéen. Les hommages, les témoignages et les prestations avaient rythmé une soirée placée sous le signe de la reconnaissance et de la transmission.
Les maîtresses de la ronde léwòz, Venise Calif, Leila Alexis, Ingrid Bergam et Isabelle Falla, avaient également contribué à cette célébration. Le maire de Lamentin, Jocelyn Sapotille, musicien lui-même, avait rejoint spontanément la scène avec le groupe a po Otantik, offrant un moment de communion particulièrement apprécié du public.
Cécé n'avait alors pas seulement été célébrée pour sa carrière artistique. À travers elle, c'est une partie de la mémoire du gwoka qui était mise à l'honneur.
" Le gwoka, je l'ai dans le sang. Je l'ai dans la peau. C'est notre musique ", avait-elle lancé à l'issue de cette soirée. Des mots qui résumaient sa conception d'un art qu'elle considérait comme un héritage collectif et dont elle appelait les nouvelles générations à assurer la continuité.
Une voix qui appelait à faire vivre la culture
Jusqu'à ses dernières années, Évelyne " Cécé " Zénon avait conservé cette volonté de transmettre et de faire rayonner le gwoka. Lors de son hommage, elle avait promis, avec l'humour et la détermination qui la caractérisaient, de continuer à chanter aussi longtemps que possible.
" À 100 ans, je tiendrai encore le micro. J'ai prévu de m'en aller à 107 ans ", avait-elle déclaré devant un public conquis.
Elle avait surtout tenu à remercier celles et ceux qui l'avaient accompagnée dans son parcours, avant de s'adresser directement au public : " À vous public, je vous aime ! "
Avec sa disparition, le gwoka guadeloupéen perd ainsi une personnalité dont la présence dépassait le cadre de la scène. Chanteuse, danseuse et passeuse de culture, Cécé avait fait de son art une manière d'affirmer une identité et de créer du lien.
Son message reste désormais entre les mains de ceux qu'elle appelait à prendre le relais : faire connaître le gwoka, le faire vivre et lui permettre de continuer à rayonner. Une transmission qui, à travers son œuvre et les souvenirs laissés à ceux qui l'ont côtoyée, constitue sans doute le plus durable des hommages à la " reine " Cécé.
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