À Aruba, la pénurie de main-d’œuvre étrangère met la croissance en péril
Le tourisme et le secteur du bâtiment manquent de bras. Dans un rapport publié lundi, la Banque centrale d’Aruba prévient que l’île ne pourra plus compter uniquement sur sa main-d’œuvre locale pour soutenir son développement économique.
Le constat est sans détour. Aruba a besoin de travailleurs venus d’ailleurs, et de plus en plus. La Banque centrale d’Aruba (CBA) table sur une croissance de l’emploi de 5,6 % pour 2026. Ces créations de postes découlent notamment de l’ouverture de nouvelles chambres d’hôtel, de l’essor continu du tourisme et d’une activité de construction soutenue. Problème : le vivier local ne suit plus. L’institution est catégorique, il est peu probable que l’ensemble de ces postes vacants puisse être pourvu par la seule population active de l’île.
Une île qui vieillit, une population qui ne se renouvelle plus
Le marché du travail arubais était déjà tendu. Il se heurte désormais à un phénomène plus structurel : en 2025, la croissance naturelle de la population, la différence entre naissances et décès est devenue négative pour la première fois. Résultat, c’est désormais l’immigration qui porte l’essentiel de la croissance démographique de l’île. Le vieillissement accentue la pression. En 2005, l’île comptait environ douze habitants de 65 ans et plus pour cent personnes en âge de travailler. Vingt ans plus tard, ce ratio a plus que doublé, atteignant trente. Concrètement, un nombre de plus en plus restreint d’actifs doit financer l’économie et des services comme la santé ou la prise en charge des aînés.
Le patronat sonne déjà l’alarme
Le phénomène n’a rien de théorique pour les entreprises. Une enquête menée en 2024 par la Chambre de commerce arubaise révélait que 62 % des sociétés jugeaient le manque de personnel « sérieux ». Plus de la moitié d’entre elles (54 %) anticipaient même une aggravation de la situation dans un délai d’un à deux ans.
La régularisation, un remède partiel
Face à cette pénurie, la banque centrale évoque le programme Hunto Pa Progreso, qui permet, sous conditions, aux personnes en situation irrégulière d’obtenir un statut de séjour et de travail. Environ 5 800 permis ont déjà été délivrés à ce jour, dont 1 600 à titre temporaire. L’idée : faire entrer ces travailleurs dans le circuit formel pour desserrer la tension sur l’emploi. Mais la CBA tempère l’enthousiasme. Quand une personne vivait déjà sur l’île et travaillait de manière informelle avant sa régularisation, aucun travailleur supplémentaire n’apparaît réellement sur le marché, il s’agit surtout d’un basculement de l’économie informelle vers l’économie officielle.
La mesure n’est pas sans effet positif pour autant : de meilleures conditions de travail pour les salariés concernés, une embauche en règle pour les employeurs, et des recettes fiscales et sociales potentiellement renforcées grâce à cette régularisation.
Un enjeu économique, pas seulement migratoire
Pour la Banque centrale, la question dépasse largement le seul cadre migratoire. Sans un apport suffisant de travailleurs venus de l’étranger, les nouveaux hôtels, les chantiers en cours et les futurs investissements pourraient être plus difficiles à mener à bien avec, à la clé, un risque de ralentissement de la croissance économique de l’île.
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