Après le drame de Lyhanna, 85 000 plaintes pour violences sexuelles sur mineurs réexaminées en France
Près de 70 000 dossiers de pédocriminalité ont été passés au crible dans toute la France à la demande du ministre de la Justice, Gérald Darmanin. 675 personnes ont été incarcérées. En Guadeloupe, 688 dossiers ont été intégralement réexaminés.
Le 8 juin, le corps de Lyhanna, 11 ans, était découvert dans le Gers. Son meurtre présumé et le profil de Jérôme Barella, suspect déjà connu des services de police pour des violences sexuelles sur mineurs sans jamais avoir été entendu – a provoqué une onde de choc dans tout le pays. Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a alors pris une décision sans précédent : demander à l’ensemble des parquets de France de revoir toutes les plaintes déposées pour des violences sexuelles sur mineurs. Un vaste chantier confié aux 36 procureurs généraux.
Quarante jours plus tard, le 15 juillet, le garde des Sceaux a dressé un premier bilan. Sur l’ensemble du territoire, 85 047 plaintes ont été recensées par les procureurs. Parmi elles, 69 626 dossiers ont été réexaminés. Parmi ces dossiers, 1 350 informations judiciaires ont été ouvertes depuis le 8 juin, soit environ quatre fois plus que l’année dernière sur la même période. Quelque 675 personnes ont été incarcérées.
Les Outre-mer dans le réexamen
Les Outre-mer ne sont pas épargnés par ce mouvement. Les chiffres communiqués par le ministère de la Justice montrent une mobilisation inégale mais significative :
- Guadeloupe : 688 dossiers, tous réexaminés (100 %)
- Martinique : 1 021 dossiers, dont 585 réexaminés (57 %)
- Guyane : 773 dossiers, dont 95 réexaminés (12 %)
- La Réunion : 1 392 dossiers, dont 1 050 réexaminés (75 %)
- Nouvelle-Calédonie : 342 dossiers, dont 44 réexaminés (13 %)
- Polynésie française : 623 dossiers, dont 516 réexaminés (83 %)
En Guadeloupe, l’intégralité des dossiers a été réexaminée, un taux de 100 % qui témoigne de la mobilisation des services judiciaires locaux.
« Un travail considérable »
Dans un message publié sur les réseaux sociaux, Gérald Darmanin a salué un « travail considérable abattu ». Il a précisé qu’il allait à nouveau « échanger, un à un, avec l’ensemble des procureurs généraux pour faire le point sur leurs stocks locaux ». Dès les jours suivant la découverte du corps de Lyhanna, le ministre avait estimé qu’il n’avait « manqué ni de moyens, ni de lois », mais « de prioriser des viols sur les mineurs ». Un aveu qui a conduit à cette mobilisation sans précédent.
Les associations de protection de l’enfance, les travailleurs sociaux et les magistrats alertent régulièrement sur les violences subies par les mineurs. Violences physiques, sexuelles, psychologiques ou intrafamiliales demeurent des phénomènes souvent sous-déclarés et sous-traités, malgré une meilleure prise de conscience de la société. L’affaire Lyhanna a provoqué un électrochoc. Reste à savoir si ce sursaut sera durable.
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