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Aung San Suu Kyi ou le destin tumultueux de la Birmanie

30 April 2026
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L'ancienne dirigeante birmane Aung San Suu Kyi, dont le restant de la peine de prison qu'elle doit purger vient d'être commué par la junte en assignation à résidence, aura passé la majeure partie de sa vie dans l'opposition et privée de liberté. 

Le général Min Aung Hlaing était à quelques mois de la retraite lorsqu'il a renversé, en février 2021, le gouvernement démocratiquement élu de la lauréate du prix Nobel de la paix 1991, qu'il a ensuite fait emprisonner. 

Devenu début avril le président de la Birmanie, il a annoncé jeudi que Aung San Suu Kyi, aujourd'hui âgée de 80 ans et qui était en prison depuis cinq ans, serait désormais assignée à résidence.

De l'exil au gouvernement

Fille du héros de l'indépendance Aung San, assassiné en 1947 alors qu'elle n'a que deux ans, elle vit ensuite en exil en Inde et au Royaume-Uni. 

En 1988, rentrée en Birmanie au chevet de sa mère, elle surprend tout le monde en décidant de s'impliquer dans le destin de son pays, alors en révolte contre la junte du général Ne Win.

Autorisée à former la Ligue nationale pour la démocratie (LND), elle est rapidement placée en résidence surveillée et assiste, enfermée, à la victoire de son parti aux élections législatives de 1990, un résultat que les généraux refusent de reconnaître. 

En 1991, Aung San Suu Kyi reçoit le prix Nobel de la paix mais ne peut se rendre à Oslo pour le recevoir. Elle attendra plus de 20 ans pour aller chercher cette prestigieuse récompense. 

Libérée en 2010, elle entre au Parlement deux ans plus tard dans la foulée de l'autodissolution de la junte birmane.

La victoire de sa formation politique en 2015 lui donne les clés du gouvernement.

Rapidement, l'image de l'icône se brise à l'international. Certains lui reprochent sa conception autocratique du pouvoir, piégée par son statut de quasi-idole chez ses compatriotes. 

Elle est également obligée de composer avec les militaires, toujours puissants. 

En 2017, quelque 750.000 musulmans rohingyas fuient les exactions de l'armée et de milices bouddhistes, un drame qui vaut à la Birmanie d'être accusée de "génocide" devant la Cour internationale de justice. 

Renversée et emprisonnée

Aung San Suu Kyi ne condamne pas les généraux. Pire, elle défend en personne son pays devant la Cour, niant "toute intention génocidaire". 

Mais la nouvelle victoire de son parti aux législatives de 2020 inquiète les militaires. Et elle est renversée l'année suivante. 

Elle est condamnée à plus de 30 ans de prison pour des chefs d'accusation allant de la corruption à la violation des réglementations liées au Covid-19. 

Des accusations montées de toutes pièces par l'armée, selon les groupes de défense des droits humains.

Ainsi réduite au silence, tandis que sa famille alerte régulièrement sur la dégradation de son état de santé, "Mère Suu" a peu d'influence sur la Birmanie d'aujourd'hui, en proie à une guerre civile. 

Nombre de Birmans ont pris les armes contre la junte, renonçant à la non-violence, un des principes phares de la lauréate du Nobel de la paix, qui reste extrêmement populaire dans son pays.

Le nombre d'années qu'il lui reste à purger n'est pas précisé dans le communiqué officiel de jeudi, pas plus que son lieu de résidence.

Mais une source dans son parti dissous a dit à l'AFP qu'elle serait probablement maintenue à l'isolement dans la capitale Naypyidaw. 

jts-vgu/bds/liu

La conseillère d'État Aung San Suu Kyi à l'issue d'un discours devant l'assemblée générale des étudiants de l'université de Rangoun, le 28 août 2018 en Birmanie
La conseillère d'État Aung San Suu Kyi à l'issue d'un discours devant l'assemblée générale des étudiants de l'université de Rangoun, le 28 août 2018 en Birmanie
• YE AUNG THU
Rassemblement de soutien à la conseillère d'État Aung San Suu Kyi, alors qu'elle se prépare à défendre la Birmanie devant la Cour internationale de Justice de La Haye contre les accusations de génocide visant les musulmans rohingyas, le 10 décembre 2019 à Rangoun
Rassemblement de soutien à la conseillère d'État Aung San Suu Kyi, alors qu'elle se prépare à défendre la Birmanie devant la Cour internationale de Justice de La Haye contre les accusations de génocide visant les musulmans rohingyas, le 10 décembre 2019 à Rangoun
• Sai Aung Main