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« Bandi » sur Netflix : un succès fulgurant, une annulation brutale

08 May 2026
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Créée par Éric Rochant et sa fille Capucine, la série martiniquaise "Bandi" aura tenu qu’une saison sur la plateforme. Lancée le 9 avril, saluée par le public et devenue numéro 1 des séries non-anglophones pendant sa deuxième semaine, elle ne verra finalement jamais de saison 2.

C’est un coup de tonnerre dans le petit monde des fictions ultramarines. Quelques semaines après avoir frôlé les sommets de l’audience mondiale, « Bandi » apprend sa propre fin. Netflix confirme, jeudi 7 mai, qu’il n’y aura pas de deuxième saison. Motif officiel : "les résultats de la série n’étaient pas suffisants au regard des coûts de production". Soit un déséquilibre entre le prix d’une fabrication ambitieuse et le nombre de spectateurs jugé insuffisant par les algorithmes de la plateforme. Un coup d’arrêt brutal pour une œuvre qui avait pourtant réussi là où peu de créations françaises parviennent à s’imposer : capter un large public hexagonal tout en restant ancrée dans un territoire d’outre-mer.

Lancée le 9 avril, « Bandi » met en scène onze frères et sœurs livrés à eux-mêmes en Martinique, dans un thriller social tendu, profond et visuellement somptueux. Les huit épisodes, tous tournés en décors naturels sur l’île aux fleurs, ont immédiatement séduit. Dès sa première semaine, la série caracole en tête du top France, métropole et outremer confondus. Le bouche-à-oreille fait le reste : en deuxième semaine, « Bandi » grimpe à la première place des séries non anglophones les plus regardées du monde entier sur Netflix. Un score d’autant plus remarquable qu’il s’agit d’une production française (et antillaise) et non d’une superproduction coréenne ou espagnole. Les audiences ne se démentent pas aux Antilles, où la série devient rapidement un phénomène de société, ni en Amérique latine, où le réalisme du propos et la puissance visuelle des paysages touchent un public très large.

Pourquoi tant de hâte ?

La question que beaucoup se posent : comment une série en forme de raz-de-marée peut-elle être jugée « insuffisante » ? La réponse tient en deux mots : coût et modèle économique. « Bandi » est une production exigeante. Tourner en Martinique, avec des moyens techniques importants, des cascades, des adolescents comédiens, des décors naturels difficiles d’accès, multiplie les postes de dépenses. Chacun des huit épisodes dure entre 51 et 63 minutes, ce qui en fait une série dense et cinématographique.

Netflix, raisonne en termes de « taux de complétion » (le nombre de foyers qui vont jusqu’au bout de la série), de « coût par heure regardée » et de « capacité à générer de nouveaux abonnés ». Les chiffres, même solides, n’ont pas atteint le seuil symbolique qui justifie aux yeux de la plateforme une deuxième saison aux frais équivalents. Certains analystes informels pointent aussi un biais plus profond : les séries émanant de territoires ultramarins ou de régions dites périphériques doivent faire leurs preuves deux fois plus pour décrocher une suite. Une exigence que ne connaissent pas les productions franciliennes ou américaines calibrées dès le départ pour du long terme.

Les créateurs surpris, le public déçu

Interrogée officieusement par quelques médias, la production n’a pas caché sa déception. Éric Rochant, qui a coécrit et supervisé la série aux côtés de sa fille Capucine, espérait que « Bandi » deviendrait une empreinte durable pour la fiction antillaise. Le scénario, ouvert sur un final tragique mais ambigu, laissait volontairement la porte entrouverte à une saison 2. Sur les réseaux sociaux, la nouvelle a provoqué une vague de messages déçus. De nombreux internautes regrettent qu’une série ancrée dans la réalité créole, portée par des acteurs locaux et abordant la survie, la famille et la violence avec authenticité soit sacrifiée sur l’autel des chiffres.

« Bandi » s’éteint au bout d’une seule saison. Pourtant, son passage aura laissé une trace : une preuve qu’une fiction ancrée en Martinique peut toucher le monde, dépasser les frontières linguistiques et faire jeu égal avec les grosses productions européennes. Reste l’amertume de voir un projet aussi ambitieux s’arrêter en plein élan, faute d’un rendez-vous numérique avec une rentabilité aussi rapide qu’impitoyable.