Caricom : La secrétaire générale Carla Barnett appelle à une diversification d’urgence pour sauver les exportations caribéennes
Jacques Vilus

Le constat est sans appel pour la région Caraïbe : malgré la forte hausse globale de ses exportations, le bloc reste dangereusement prisonnier de sa dépendance à l'énergie et au tourisme. S'exprimant lors d'une conférence internationale au Guyana, la secrétaire générale de la Caricom alerte sur l'urgence d'élargir la base productive face à la fragmentation du commerce mondial.
Si les exportations de marchandises du bloc caribéen ont doublé pour atteindre plus de 39 milliards de dollars américains en cinq ans, les chiffres cachent une fragilité persistante. S'exprimant lors de la conférence internationale sur le commerce et l'investissement au World Trade Center de Georgetown, Carla Barnett a pointé du doigt l'origine de cette croissance, portée de manière disproportionnée par le secteur énergétique et les matières premières. Le déficit commercial régional s'est certes réduit, passant de 10 milliards de dollars les années précédentes à 3,3 milliards en 2025, mais la région continue d'importer massivement ses denrées alimentaires et ses équipements. Les exportations de services présentent la même asymétrie : sur l'excédent de 7,2 milliards de dollars dégagé en 2024, le tourisme pèse à lui seul 82 %. Cette hyper-concentration expose frontalement les économies caribéennes à l'inflation importée, aggravée par la hausse vertigineuse des coûts d'expédition et d'énergie liée aux conflits du Moyen-Orient.
Le marché unique, un bouclier indispensable mais inachevé
Pour la cheffe de la diplomatie caribéenne, la simple levée des barrières douanières ne suffit plus. L'intégration régionale, socle du Traité de Chaguaramas, doit désormais organiser la production à l'échelle transfrontalière. L'organisation intergouvernementale mise sur quatre leviers stratégiques pour muscler ce marché unique : une politique industrielle commune pour mutualiser les ressources naturelles et technologiques, un cadre d'investissement harmonisé, un futur système de règlement piloté par les banques centrales pour fluidifier les paiements intra-régionaux, et un accord contre la double imposition. Ces mécanismes ont vocation à rassurer et attirer les investisseurs étrangers. L'investissement direct étranger (IDE) entrant stagne en effet à 4 milliards de dollars pour l'ensemble des Caraïbes sur la période 2024-2025, une part infime des flux orientés vers l'Amérique latine, avec un fléchage encore trop exclusif vers l'immobilier et l'énergie au détriment des infrastructures de développement.
De nouvelles alliances stratégiques pour sortir de l'isolement
L'indépendance économique de la région passera inévitablement par une ouverture assumée au-delà de ses frontières habituelles. Si les États-Unis demeurent un partenaire commercial névralgique, sécurisé récemment par le rétablissement des préférences de l'Initiative du bassin des Caraïbes, la Caricom diversifie ses approches diplomatiques. Des négociations commerciales sont activement menées avec la République dominicaine, la Colombie et le Costa Rica. Dans le même temps, le Brésil, l'Inde et les pays de l'Union africaine s'imposent comme les nouvelles cibles d'un engagement économique élargi. Carla Barnett a toutefois rappelé à l'auditoire que ces nouveaux couloirs commerciaux ne généreront de la richesse que si le secteur privé caribéen investit massivement pour combler ses lacunes en matière de logistique, de technologies et d'agro-industrie.
Related News
Tickets-restaurant : les députés votent leur utilisation durable en supermarché
France-Belgique : Jérémy Jacquet, la révélation guadeloupéenne qui bouscule la hiér...
Boissons énergisantes : le rapport qui veut interdire la vente aux moins de 16 ans