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Classement PISA 2025 : le décrochage des élèves français atteint un niveau inédit

08 September 2026
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Les résultats de l’enquête PISA 2025, publiés ce mardi 8 septembre, confirment une tendance lourde : les performances des élèves de 15 ans en France et dans l’ensemble des pays de l’OCDE n’ont jamais été aussi faibles en compréhension de l’écrit et en mathématiques.

L’édition 2025 du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA) sonne comme un nouvel avertissement. Menée auprès de 760 000 adolescents de 15 ans dans 91 pays, dont 6 501 élèves français, l’enquête révèle une érosion sans précédent des compétences fondamentales. En France, le score moyen en mathématiques s’établit à 458 points, soit une baisse de 16 points par rapport à 2022 et de près de 30 points depuis 2018. En compréhension de l’écrit, la moyenne chute de 18 points, accusant un recul de plus de 40 points en dix ans. Seule la culture scientifique résiste légèrement, avec un fléchissement limité.

Cette dégradation n’est pas spécifique à la France. Dans l’ensemble des pays de l’OCDE, les résultats moyens en sciences, en lecture et en mathématiques sont les plus bas jamais enregistrés depuis le début de l’enquête en 2000. « Cette nouvelle baisse doit nous interroger sur ce qu’il se passe et pas seulement en France », souligne Eric Charbonnier, analyste à la direction de l’éducation de l’OCDE.

Edouard Geffray, ministre de l’éducation : « Préoccupant mais pas une surprise »

Interrogé sur ces résultats, le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a estimé qu’ils étaient « préoccupants » mais « hélas, pas une surprise ». Dans une interview au Monde, il a détaillé son analyse : « Si les résultats sont stables en sciences, ils baissent en compréhension de l’écrit, en France comme dans le reste de l’OCDE. En mathématiques, nos résultats, en baisse, creusent l’écart avec la moyenne de l’OCDE. C’est préoccupant mais ce n’est, hélas, pas une surprise ».

Le ministre a également pointé du doigt un phénomène de société mondial : « À l’échelle mondiale, nous sommes face à un phénomène de fond très puissant, une évolution de la manière dont l’enfant du XXIe siècle est éduqué et instruit ». Il a notamment dénoncé une « destruction cognitive et intellectuelle massive » provoquée par « la consommation des téléphones portables et des réseaux sociaux », qualifiant ces derniers d' « arme de destruction intellectuelle massive ».

Des inégalités sociales et de genre toujours criantes

Derrière les moyennes nationales se cachent des réalités contrastées. En France, les élèves de seconde générale (65 % des participants) obtiennent des scores comparables à ceux des pays européens les plus performants, tandis que leurs homologues de seconde professionnelle (20 %) figurent parmi les plus faibles de l’OCDE. L’écart entre les milieux sociaux dépasse les 90 points dans les trois domaines, l’un des plus importants de l’OCDE. Les disparités de genre sont également marquées. Si filles et garçons se valent en sciences, les adolescentes dominent largement en compréhension de l’écrit, un avantage qui s’est même creusé depuis 2012. À l’inverse, les garçons conservent une longueur d’avance en mathématiques.

L’effondrement des résultats s’accompagne d’une hausse préoccupante du nombre d’élèves en grande difficulté. En France, 36 % des adolescents sont désormais en situation d’échec en mathématiques, contre 7 % dans l’OCDE pour les plus performants. En 2003, ils étaient encore 15 % à figurer parmi les meilleurs. Une érosion qui interroge sur l’efficacité des politiques éducatives menées ces dernières années.

Numérique, écrans et désengagement parental : les causes du décrochage

Pour Geffray, plusieurs facteurs expliquent cette chute : la « surconsommation de réseaux sociaux », « l’usage du téléphone portable à l’école » et « une forme de désinvestissement des parents dans le suivi scolaire de leurs enfants ». Il a également déploré des « objectifs d’apprentissage flous, en particulier au collège », et estime que « le collège devra constituer le grand chantier du prochain quinquennat ». Si le temps d’écran des élèves reste stable autour de quatre heures par jour dans l’OCDE, sa nature a changé : les usages créatifs cèdent la place aux réseaux sociaux, au détriment de la concentration et de la lecture approfondie.

Les pistes du gouvernement pour inverser la tendance

Le ministre a esquissé plusieurs pistes pour redresser la barre. Il souhaite notamment « utiliser la baisse démographique pour redonner une marge d’autonomie aux établissements », sans remettre en cause le collège unique. Il estime que « on s’est beaucoup focalisés sur la réduction du nombre d’élèves par classe, nécessaire, peut-être au détriment de la réflexion sur la pédagogie ». Geffray mise également sur « la formation continue des enseignants » et souhaite relancer le chantier de la labellisation des manuels scolaires, dans un premier temps au CP et au CE1 pour la lecture et les mathématiques. Il a fixé un objectif ambitieux : « Si nous arrivons à mener à la fois le chantier de la pédagogie et celui de l’autonomie des établissements, on pourrait en 2033 revenir dans la tête du classement ».

Face à ce constat, l’OCDE appelle les décideurs à prioriser la qualité plutôt que la quantité, à renforcer les compétences fondamentales et à mieux intégrer les outils numériques sans qu’ils deviennent une source de distraction. La France, comme ses partenaires, est invitée à repenser ses priorités éducatives pour enrayer ce décrochage inédit.