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Cuba célèbre les 100 ans de Fidel Castro, entre héritage révolutionnaire et crise sans précédent

13 August 2026
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Fidel Castro aurait eu 100 ans ce jeudi 13 août 2026. À Cuba, son centenaire est célébré par des expositions, des concerts et des rassemblements politiques. Mais derrière les portraits du dirigeant révolutionnaire, l'île traverse l'une de ses périodes les plus difficiles : pénuries de carburant et de médicaments, coupures d'électricité, transports perturbés et économie à bout de souffle. Un contraste qui ravive le débat sur l'héritage de celui qui a dirigé Cuba pendant près d'un demi-siècle.

À La Havane, Fidel Castro est toujours partout. Son visage s'affiche dans les hôpitaux, sur des fresques et dans les rues. Ses slogans révolutionnaires restent visibles. Cette semaine, le centenaire de sa naissance donne lieu à une succession de manifestations : Foire internationale du livre, expositions, concerts et rencontres avec des représentants de mouvements de gauche latino-américains. Le 13 août 1926, Fidel Castro naissait dans l'est de Cuba, dans une famille liée à l'industrie sucrière. Cent ans plus tard, son nom continue de structurer une partie du récit national. Mais le contexte rend la célébration particulièrement paradoxale. Cuba traverse une crise économique et énergétique sévère. Les coupures de courant se prolongent, le carburant manque, les médicaments sont difficiles à trouver. L'activité industrielle et touristique recule, les transports sont limités et certaines liaisons aériennes ont été annulées. Le fonctionnement quotidien des écoles et des entreprises est lui aussi affecté.

Washington accentue la pression

L'administration de Donald Trump a durci la pression sur La Havane depuis janvier 2026, notamment avec des mesures visant l'approvisionnement énergétique et de nouvelles sanctions destinées à pousser le gouvernement cubain à modifier sa politique économique et politique. Ces mesures aggravent une situation déjà très dégradée. L'économie cubaine est engagée depuis plusieurs années dans une longue phase de contraction. Aux sanctions américaines se sont ajoutées les faiblesses structurelles de l'économie nationale et les effets d'une réforme monétaire intérieure qui n'a pas produit les résultats escomptés. C'est là que le débat sur Fidel Castro devient particulièrement sensible. Pour ses défenseurs, les difficultés actuelles ne peuvent être séparées de la pression exercée depuis des décennies par les États-Unis. Pour ses adversaires, cette explication ne suffit pas : le modèle économique centralisé et le monopole politique du Parti communiste ont également contribué à l'impasse actuelle. Le centenaire ne tranche évidemment pas cette controverse. Il la rend plus visible.

L'homme qui a remodelé Cuba

Fidel Castro arrive au pouvoir en 1959 après plusieurs années de lutte contre le régime de Fulgencio Batista. En 1953, l'attaque contre la caserne Moncada, à Santiago de Cuba, tourne à l'échec. Castro est arrêté, puis s'exile au Mexique. Il revient ensuite sur l'île avec ses compagnons et mène la guérilla qui conduit à la chute de Batista. Une fois au pouvoir, il transforme profondément le pays.

Réforme agraire, nationalisations, campagne massive d'alphabétisation, développement de la santé et de l'éducation : la révolution bouleverse la société cubaine. Elle devient également un symbole pour de nombreux mouvements anticoloniaux et révolutionnaires en Amérique latine et dans les pays du Sud. Mais cette transformation a son revers. Les libertés politiques sont fortement réduites. Le Parti communiste devient le centre exclusif du pouvoir. Une partie importante des classes aisées quitte le pays, tandis que les opposants au régime sont confrontés à une répression politique durable.

Deux mémoires de Fidel, une même île

C'est cette contradiction qui demeure au cœur du centenaire.

Pour certains Cubains, Fidel incarne encore la souveraineté nationale, la résistance à Washington et les acquis sociaux de la révolution.

L'écrivain Miguel Barnet, également membre de l'Assemblée nationale, estime ainsi que Castro a laissé derrière lui une conception de la dignité, du travail et de la solidarité avec les plus pauvres, ainsi qu'un héritage dans la culture, l'éducation et la santé. À l'inverse, ses détracteurs voient dans son règne la matrice d'un système politique fermé et d'une économie incapable aujourd'hui de répondre aux besoins essentiels de la population. L'historien Manuel Cuesta Murúa résume cette lecture critique en estimant que la restriction des libertés et de la pluralité politique a créé une fracture dont Cuba continue de payer le prix.

Pour les jeunes, Fidel appartient déjà à l'histoire

Une autre fracture apparaît avec le renouvellement des générations.

Pour les Cubains qui ont vécu la révolution, Fidel demeure une figure personnelle, presque familiale. Pour les plus jeunes, il est davantage un personnage historique. Leur constat sur la crise actuelle est encore plus radical : même le retour d'un dirigeant aussi puissant que Castro ne suffirait pas à remettre Cuba sur pied. Cette remarque touche au cœur du problème.

Le véritable enjeu du centenaire n'est peut-être plus de savoir si Fidel Castro était un héros ou un dictateur. Il est de comprendre pourquoi son modèle continue de diviser l'île alors même que ceux qui l'ont connu disparaissent progressivement.

Un anniversaire qui ressemble à un bilan

Cent ans après sa naissance, Fidel Castro reste donc impossible à réduire à une seule image. Il fut à la fois le chef d'une révolution qui a profondément transformé Cuba, une figure majeure de la contestation de l'ordre américain en Amérique latine, et le dirigeant d'un régime qui a durablement limité la liberté politique. Son départ progressif du pouvoir, transféré à son frère Raúl Castro à partir de 2006 puis officiellement en 2008, n'a pas mis fin à son influence. Fidel est mort en 2016, mais son empreinte demeure dans les institutions, les imaginaires et les débats politiques de l'île. En 2026, ses portraits sont encore accrochés aux murs. Mais la question qui traverse désormais Cuba est moins celle de la fidélité à Fidel que celle de l'après-Fidel : comment sortir d'une crise dont les causes sont à la fois externes, liées à la pression américaine, et internes, enracinées dans les choix économiques et politiques du régime ? Le centenaire offre une nouvelle occasion de regarder cette contradiction en face. Et, surtout, de constater que cent ans après sa naissance, Cuba n'en a toujours pas terminé avec Fidel Castro.