France-Antilles et ses imprimeries numériques dans le magazine professionnel Union Presse
Comment France-Antilles imprime désormais Le Monde, Libération et L'Équipe aux Antilles, c'est le thème que développe le mensuel Union Presse dans sa dernière édition. En s'interrogeant sur la mise à disposition des journaux nationaux en Corse, notre confrère évoque la situation en Martinique et en Guadeloupe et l'initiative de France-Antilles.
Depuis trois ans, les lecteurs de Guadeloupe et de Martinique peuvent trouver chaque matin en kiosque des journaux nationaux imprimés sur place, le jour même. Derrière cette révolution discrète : deux imprimeries numériques installées par France-Antilles, une initiative portée par des convictions autant que par des impératifs économiques. C'est le constat que dresse dans son article le journal Union Presse.
Union Presse est une publication professionnelle B2B mensuelle, destinée aux acteurs de la filière presse — libraires, kiosquiers, dépositaires — et non au grand public. Union Presse aide ses lecteurs à mieux comprendre l'actualité stratégique de la profession, à décrypter les problématiques de la filière et à accompagner la dynamique commerciale des points de vente.
Le projet de modernisation de France-Antilles
L'article de notre consœur Sarah Benlolo évoque la solution imaginée par France-Antilles afin de se moderniser et proposer l'impression des journaux nationaux. Elle écrit : " Il y a des histoires industrielles qui commencent mal et finissent en sources d'inspiration. En avril 2020, France Antilles est liquidé, puis repris par Xavier Niel. À la sortie du redressement, il ne reste qu'une seule imprimerie offset, en Guadeloupe. Pour la Martinique, le journal doit prendre l'avion chaque jour. En plein Covid, avec des pilotes malades, des pistes en travaux et des rotations annulées, la situation devient vite " une catastrophe ", résume Béatrice Cléon, directrice générale du groupe. Pour les quotidiens nationaux, le constat de départ était similaire : avant 2023, leur présence sur zone se limitait à deux ou trois jours par semaine, avec des décalages pouvant atteindre J+2 ou J+3. C'est cette double contrainte, fréquence et délai, que l'impression numérique locale est venue lever ".
La journaliste retrace ensuite l'investissement du groupe France-Antilles dans deux imprimeries numériques, une par département, en choisissant le modèle Kodak Prosper 6000, une machine capable d'imprimer en continu, sans changer les plaques ni le papier. L'offset a été totalement abandonné : depuis 2023, tout passe par le numérique — le journal France Antilles, son magazine TV hebdomadaire, et désormais les quotidiens nationaux.
L'intégration de la presse nationale
" Ils avaient besoin du soutien de la Presse quotidienne nationale pour renforcer leur dossier et avoir un projet économique pérenne ", explique Xavier Loth, directeur de la diffusion et de la production du Groupe Le Monde à nos confrères. Ce dernier, dont Xavier Niel est aussi l'actionnaire, a logiquement joué un rôle moteur dans la nouvelle initiative, en imprimant sur place dès septembre 2023. Le Monde a été rejoint deux mois plus tard par Libération puis, en juin 2024, par L'Équipe.
La journaliste d'Union presse explique ensuite comment le projet a été construit avec une logique collective. Il fallait convaincre la DGMIC de soutenir l'initiative via le Fonds stratégique pour le développement de la presse (FSDP).
" Les volumes sont restreints " écrit notre consoeur : 100 exemplaires par site (Martinique et Guadeloupe) pour Le Monde comme L'Équipe, 50 par site pour Libération. Mais des tendances se dégagent : selon les chiffres cités par Béatrice Cléon, depuis la mise en place de l'impression numérique, les ventes du Monde ont progressé de 49 % en Guadeloupe et 36 % en Martinique, Libération a vu ses ventes multipliées par trois en Guadeloupe et par 2,6 en Martinique, tandis que L'Équipe affiche une performance hebdomadaire multipliée par six. Selon Béatrice Cléon, la simple disponibilité quotidienne d'un journal à jour suffit à relancer des ventes que l'irrégularité avait laminées.
Une solution pour la pluralité de l'information
L'équation économique est en réalité délicate. Pour les éditeurs, la rentabilité dépend largement du volume et de la qualité du réseau de distribution. Pour L'Équipe, le bilan est sans ambiguïté. " On est très satisfaits du service, assure Bruno Jeanjean au magazine Union Presse, directeur des opérations presse du groupe. Notre performance sur les Antilles est aujourd'hui supérieure à ce qu'elle était auparavant avec une présence agile. Ce qui est malheureux, c'est que ça a été tardif… on a certainement perdu des années par rapport à ce projet ". Sur le plan économique, le modèle est jugé en net progrès. " On n'aurait pas continué l'aventure si on n'avait pas quelque chose d'équilibré. Avant, vu les faibles volumes et le coût du fret aérien, on avait plutôt un coût net sur cette destination. Aujourd'hui, l'exemplaire coûte plus cher à l'impression, mais c'est largement compensé : on n'a pas de gâche, on est beaucoup plus précis sur la volumétrie imprimée, et la partie transport est optimisée puisqu'on est sur le dernier kilomètre ", assure Bruno Jeanjean.
De son côté, Libération imprime environ 50 exemplaires par jour et par île. À ces volumes, l'équilibre économique se joue à l'exemplaire près. " Il y a des jours où on n'est pas du tout rentable, et d'autres jours où on l'est. Ça dépend de l'actualité ", explique Roxane Loncke, directrice de la diffusion de Libération. Cette dernière continue à affirmer son attachement à la démarche, pour des raisons qui dépassent le strict calcul commercial. " Je tiens à la continuité territoriale et à la démocratie. C'est la France ", plaide-t-elle.
Côté France Antilles, la rentabilité globale du dispositif repose sur la diversification explique le magazine. Béatrice Cléon résume la logique industrielle qui sous-tend tout le projet : "Moins vous imprimez, plus c'est cher pour tout le monde."
Un modèle à élargir
" L'expérience antillaise, avec ses réussites et ses limites, est désormais regardée comme un modèle potentiel pour d'autres territoires isolés, à commencer par la Corse. Elle démontre qu'au-delà des défis technologiques, c'est toute la filière — de l'imprimeur au kiosquier — qui doit se réorganiser pour que le pari de la presse locale tienne jusqu'au dernier kilomètre " conclut Union Presse.
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