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Havana Club : Cuba remporte une bataille judiciaire face à Bacardi, mais la guerre du rhum continue

17 June 2026
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" Le géant des spiritueux vient de perdre en appel contre l'entreprise d'État cubaine concernant le dernier renouvellement de la célèbre marque de rhum aux États-Unis. Une victoire juridique pour La Havane, mais qui s'apparente à un simple sursis dans une guerre commerciale et géopolitique loin d'être terminée. "

Pour comprendre l'âpreté de cette guerre d'usure, il faut remonter aux premières heures du régime castriste. Dans les années 1960, le gouvernement cubain nationalise l'industrie rhumière et confisque les actifs de Jose Arechabala S.A., l'entreprise fondatrice. Contrainte à l'exil à Porto Rico, la famille Arechabala finit par céder ses droits en 1995 à Bacardi, qui distille et distribue depuis sa propre version du Havana Club sur le marché américain. Pendant ce temps, l'entité publique Cubaexport, associée au groupe français Pernod Ricard pour la distribution mondiale, continue de produire le rhum historique à La Havane. Frappée par l'embargo de Washington, l'alliance ne peut écouler ses bouteilles aux États-Unis. Pourtant, dans un paradoxe administratif frappant, Cubaexport parvient à enregistrer la marque sur le sol américain dès 1976. C'est ce dépôt originel qui, selon La Havane, rend la manœuvre de Bacardi totalement illégitime, d'autant que le rhum de la multinationale n'a jamais vu un champ de canne cubain.

L'imbroglio juridique du renouvellement de 2016

La bataille s'est récemment cristallisée autour de la survie de cette marque. En 2005, l'administration américaine, via le Bureau de contrôle des avoirs étrangers (OFAC), avait bloqué les démarches de renouvellement de Cubaexport. Il aura fallu attendre le dégel diplomatique opéré à la fin du mandat de Barack Obama pour que l'OFAC fasse volte-face, permettant à l'Office américain des brevets et des marques (USPTO) de valider la prolongation des droits en 2016. C'est cette validation que Bacardi a attaquée en 2021 devant un tribunal fédéral, estimant que les droits cubains auraient dû expirer quinze ans plus tôt. Après un premier rejet de l'affaire par le juge Liam O'Grady en 2022, puis une relance inespérée par la Cour d'appel du 4e circuit en 2024, la juge fédérale Leonie Brinkema avait de nouveau débouté Bacardi en 2025. Le panel de trois juges vient de clore ce chapitre d'appel, estimant que la licence accordée par l'administration Obama a définitivement levé l'obstacle légal et validé la procédure.

Un sursis cubain suspendu à la législation de 2024

Si cet arrêt valide a posteriori la procédure de 2016, l'analyse de ce succès judiciaire révèle sa grande précarité. L'horizon s'assombrit déjà pour Cubaexport : la marque, renouvelée pour dix ans, arrive à expiration dans quelques jours. Bacardi, loin de désarmer, abat déjà sa nouvelle carte maîtresse. Le groupe s'appuie sur une loi américaine promulguée en 2024, qui interdit désormais formellement aux agences et tribunaux du pays de reconnaître toute marque confisquée par le gouvernement cubain. Derrière les arguties des prétoires, la lutte pour les parts de l'immense marché américain du rhum promet donc de s'intensifier. Les deux camps se préparent déjà au prochain affrontement, prouvant que les fantômes de la Guerre froide dictent toujours leur loi dans les alcôves de la propriété intellectuelle.