À l’heure où le territoire ultramarin pousse pour son autonomie, la Collectivité territoriale de Guyane entend développer ses relations politiques et commerciales en adhérant à cette organisation internationale qui réunit 15 pays caribéens et sud-américains.
Après la Martinique en 2025, la Guyane est devenue le 8e membre associé de la Communauté des Caraïbes (Caricom), mardi 7 juillet, lors d’un sommet de l’organisation internationale à Sainte-Lucie. À l’instar de la collectivité antillaise, l’adhésion de la Guyane en tant que membre associé devra être ratifiée par une loi soumise au vote des parlementaires.
Fondée en 1973, la Communauté des Caraïbes regroupe 15 Etats membres, dont Haïti, le Suriname et le Guyana où siège l’organisation. Elle est structurée autour d’un organe décisionnel exécutif et d’une myriade d’agences spécialisées sur les sujets de sécurité, de gestion des catastrophes naturelles, de santé, d’éducation… Elle possède en outre une banque de développement, une cour d’arbitrage des conflits et elle fonctionne sur un modèle de consensus entre Etats souverains, sans mécanisme de transfert de compétences.
« La Caricom n’est pas la seule organisation des Caraïbes, mais c’est la plus ancienne et la mieux structurée » souligne Olivier Plançon, ambassadeur au Guyana et représentant permanent de la France au sein de la Communauté des Caraïbes. « Elle ne fait pas que de la concertation politique, notamment sur les sujets internationaux. Elle propose des coopérations et des services concrets aux 18 millions d’habitants qu’elle englobe. » L’organisation porte aussi depuis plusieurs années un projet de marché unique, pas encore effectif.
« Si nos collectivités des Amériques demandent à adhérer avec constance à cette organisation, et que le gouvernement soutient ces demandes, c’est parce qu’il s’agit d’intégration concrète« , poursuit l’ambassadeur.
Comme membre associé de la Caricom, la Guyane pourra bénéficier des programmes de coopération de l’organisation et participer à l’ensemble des discussions politiques, sans néanmoins disposer d’un droit de vote du fait de son statut qui comporte plusieurs limites légales balisées par Paris. Ainsi, la Collectivité territoriale de Guyane (CTG) ne pourra pas intervenir dans les débats régaliens de politiques étrangères, ni sur la politique commerciale, compétence exclusive de l’Union européenne.
« Tous les engagements pris par la Collectivité dans cette organisation se feront au nom de la France et devront être en conformité avec le droit national et communautaire », précise une source diplomatique. « Par exemple, nous ne pourrons accepter la libre-circulation des personnes » autorisée dans plusieurs Etats membres de la Caricom ayant développé un passeport commun.
Malgré ce bornage, cette adhésion permet d’accéder « à toutes les institutions caribéennes », ouvrant des perspectives de « partenariats dans des domaines stratégiques tels que l’éducation, la santé, l’innovation numérique, le développement économique ou encore la lutte contre les conséquences du réchauffement climatique », souligne Gabriel Serville. « Nous appartenons au bassin amazonien, nous sommes européens, tournés vers la Caraïbe. La Guyane peut devenir un hub reliant le bassin caribéen et l’Amérique du Sud », poursuit le président de la Collectivité territoriale de Guyane (CTG).
Les télécommunications en fer de lance de l’intégration
Au-delà des intentions politiques incantatoires, l’adhésion à la Caricom s’imbrique d’ores et déjà avec un projet de coopération concret. Début mai, la collectivité amazonienne a en effet rejoint, en qualité de membre associé, la Caribbean Telecommunications Union (CTU), le bras droit de la Communauté caribéenne pour les télécommunications.
En entrant dans cette agence qui régule les marchés et pense les politiques publiques numériques de la région, la collectivité guyanaise espère être mise en relation avec des acteurs commerciaux alors qu’elle finalise un projet de câble sous-marin « souverain », connecté à l’Europe et non plus aux Etats-Unis comme tous les câbles en service desservant la Caraïbe.
Nommé Lum@link, ce câble doit entrer en service en fin d’année. La Collectivité territoriale de Guyane souhaite proposer cette infrastructure aux Caribéens, vendre de la capacité de ce câble sous-marin pour amortir son investissement et faire de ce projet un vrai levier pour son intégration régionale.
« Nous souhaitions coupler l’intégration politique à une intégration opérationnelle en nous appuyant sur un secteur porteur » indique Anne Mathieu, responsable de la diplomatie régionale de la CTG. « Nous avons une vraie plus-value sur les télécommunications pour nos voisins, des pays producteurs avec qui les relations commerciales sont jusqu’ici assez faibles. »
Bénéfices mutuels
Après la Caricom, la CTG souhaite adhérer à l’Organisation du traité de coopération amazonienne (OTCA) regroupant les huit Etats concernés par la forêt éponyme. Cette démarche s’inscrit dans une stratégie de la collectivité de développement de ses relations internationales, à l’heure où la Guyane pousse pour son autonomie et est engagée depuis 2022 dans une demande d’évolution statutaire pour se doter d’un pouvoir normatif permettant d’édicter des « lois-pays » adaptées à ses réalités.
Si le renforcement des partenariats internationaux n’était « pas une tactique politique au début pour mieux ancrer la démarche d’autonomie« , indique Gabriel Serville, « appartenir à la Caricom et traiter des sujets très importants va montrer à Paris que nous pouvons trouver des solutions sans son aide« .
Comme pour la Caricom, la demande d’adhésion à l’OTCA est « soutenue par le gouvernement » a affirmé le ministre des Affaires étrangères lors d’un déplacement en Guyane jeudi 2 juillet. « Nous avons un officier de liaison qui nous y représente déjà, mais nous voulons participer plus largement pour apporter aux politiques publiques qui relèvent de cette organisation » a indiqué Jean-Noël Barrot.
Via Cayenne, Paris souhaite « participer plus largement au dialogue politique, sécuritaire et économique » d’une région en plein développement, en particulier sur le plateau des Guyanes. L’ouverture l’an dernier d’une ambassade française au Guyana, « pour des considérations économiques mais aussi sécuritaires » selon l’ambassadeur en poste Olivier Plançon, témoigne de l’intérêt de l’Etat de nouer des relations plus fortes avec les voisins de la Guyane. D’après plusieurs sources diplomatiques, l’intégration régionale de la Guyane n’est pas incompatible avec les intérêts de la France. Bien au contraire, elle crédibilise la position française et renforce son influence, tout en permettant à une collectivité locale de s’étoffer politiquement et économiquement.
Photo de Une : la Guyane, qui demande depuis 2012 à adhérer à la Communauté des Caraïbes, a rejoint ce mardi 7 juillet l’organisation internationale en qualité de membre associé © CTG
