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Paris sportifs chez les jeunes : plongée dans une pratique normalisée qui inquiète

27 July 2026
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L’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) a mené une étude qualitative inédite sur les paris sportifs chez les 15-25 ans. Intitulée PProJeTIM, elle dresse le portrait d’une pratique en plein essor, profondément ancrée dans les dynamiques sociales et familiales.

L’étude PProJeTIM, menée par l’OFDT entre 2024 et 2026, s’est intéressée à la place du pari sportif dans les pratiques des jeunes. En s’appuyant sur 51 entretiens avec des parieurs de 15 à 25 ans, dont 22 mineurs, elle met en lumière un phénomène enraciné dans les interactions sociales ordinaires. L’un des constats majeurs est la normalisation du pari, qui débute bien avant le premier jeu. La visibilité des jeux d’argent dans la famille, l’exposition à la publicité et aux contenus sur les réseaux sociaux, ainsi que leur présence dans les œuvres culturelles contribuent à rendre le pari acceptable, voire désirable.

Cette acculturation précoce est d’autant plus efficace que la famille et les pairs jouent un rôle déterminant dans l’initiation. Les parents, souvent eux-mêmes joueurs, peuvent impliquer leurs enfants dans leurs propres paris, transmettant des codes et des habitudes. Entre amis, le pari devient un vecteur de sociabilité, une activité commune qui renforce les liens et permet de vivre les matchs plus intensément. « Quand tu paries, le match tu le vis autrement. Tu es comme les joueurs, tu as envie de gagner », résume un jeune parieur.

Mineurs : un accès facilité malgré l’interdit légal

En France, l’accès aux jeux d’argent, y compris les paris sportifs, est strictement interdit aux mineurs. Pourtant, la pratique est répandue : en 2022, 20,4 % des garçons de 17 ans déclaraient avoir parié au moins une fois dans l’année. L’enquête PProJeTIM montre comment cet accès est rendu possible. Le jeu en point de vente physique est une porte d’entrée majeure, grâce à la tolérance de certains buralistes qui ne vérifient pas l’âge. Les jeunes décrivent des stratégies pour contourner l’interdit : « j’ai fait une fausse carte d’identité, je la montre quand je vais dans un bureau de tabac et ça passe tranquille », témoigne un adolescent.

Le jeu en ligne est également accessible, souvent grâce à la complicité d’un adulte qui prête son compte. Le passage de la majorité, avec l’ouverture d’un compte personnel, est vécu comme une étape naturelle : « pour l’instant on fait comme ça, quand je serai majeur je prendrai un compte à mon nom ».

Des motivations plurielles entre profit et plaisir

Les jeunes parieurs ne sont pas un groupe homogène. L’étude distingue plusieurs profils types, dont les motivations et les pratiques varient. Certains recherchent avant tout le profit, parfois pour améliorer une situation socio-économique difficile. D’autres sont mus par le plaisir du jeu et son aspect social. Pour beaucoup, ces motivations se superposent et évoluent au cours de la « carrière » du parieur.

La frontière entre pratique occasionnelle et jeu excessif est parfois ténue. Si la majorité des parieurs décrivent une pratique contrôlée, certains rapportent des comportements compulsifs, des pertes financières importantes et des conséquences sur leur santé mentale ou leurs relations. Un parieur témoigne : « tu restes réveillé toute la nuit parce que t’étais devenu fou. […] Quand tu gagnais, très rarement, on va dire que tu dormais bien, mais la plupart du temps, tu perdais et tu dormais pas de la nuit ».

Un marché florissant et une pression marketing ciblée

Cette pratique se développe dans un contexte de marché en plein essor. Les opérateurs de paris sportifs ont investi massivement dans la publicité, avec des budgets records atteignant 670 millions d’euros en 2024. Le marketing est particulièrement agressif envers les jeunes, via les réseaux sociaux, les influenceurs et le sponsoring sportif. Les associations, comme Addictions France, dénoncent des stratégies qui exploitent la promesse d’enrichissement rapide et la valorisation de la prise de risque.

L’OFDT souligne que cette pression publicitaire contribue à la banalisation du pari, en le présentant comme un comportement normal et socialement valorisé. Des enfants de 8 à 10 ans sont déjà capables de citer des marques de paris sportifs, preuve d’une familiarisation très précoce avec ces produits.