" Après les coupures d'électricité chroniques, c'est l'eau potable qui manque cruellement aux 3,2 millions d'habitants de Porto Rico. Depuis fin mai 2026, des quartiers entiers des villes les plus denses, dont la capitale San Juan, sont à sec, forçant le gouvernement à déployer la Garde nationale. Entre infrastructures vieillissantes, querelles politiques et factures iniques, la population dénonce une situation intenable. "
Chaque matin à l'aube, la même scène se répète dans les quartiers de la capitale : les téléphones sonnent au rythme des habitants qui s'enquièrent d'un hypothétique retour de l'eau courante. Dans les complexes de logements sociaux, l'approvisionnement s'organise au prix d'efforts physiques intenses. Alors que le territoire subit déjà de sévères alertes météorologiques liées aux fortes chaleurs, des familles entières, parfois à sec depuis deux semaines, sont contraintes de hisser quotidiennement de lourdes cruches et des dizaines de litres d'eau sur plusieurs étages.
Une corvée éreintante qui paralyse le quotidien et menace la santé publique :
- L'achat massif de bouteilles d'eau, de vaisselle en plastique et le recours aux laveries automatiques s'imposent, grevant des budgets déjà fragiles ;
- Les blessures aux épaules et au dos se multiplient parmi une population épuisée par le transport manuel de lourds récipients ;
- Les personnes âgées, alitées ou en situation de handicap subissent la situation de plein fouet, nécessitant parfois l'usage de simples lingettes humides pour leur toilette, menant dans les cas les plus critiques à des hospitalisations.
Des infrastructures à bout de souffle
Les autorités n'ont pas encore identifié publiquement la cause exacte de ces coupures. Pourtant, le territoire américain extrait habituellement son eau d'un réseau de rivières, de réservoirs et d'aquifères souterrains historiquement suffisant. La racine du problème semble systémique : le gouvernement local reconnaît un déficit d'investissement et un défaut d'entretien des installations s'étirant sur plusieurs décennies. La crise a franchi un cap critique lors du premier week-end de juin 2026, frappant près de 40 000 foyers. Face à l'urgence, la gouverneure Jenniffer González a ordonné une intervention logistique massive :
- Le Département de l'Agriculture a dû désinfecter des camions laitiers pour les réquisitionner afin de transporter de l'eau potable ;
- L'office du tourisme a acheminé des citernes de 48 453 litres pour maintenir l'activité des hôtels et des locations saisonnières.
Malgré ce déploiement, l'information ne parvient pas toujours aux résidents. Dans les quartiers ouvriers, les associations dénoncent l'absence de communication sur les horaires de passage des camions-citernes, pointant du doigt une gestion erratique et un manque de considération qui pèsent lourdement sur l'état émotionnel de la population.
Des plaintes en justice et des factures à payer
Sur le terrain politique, la crise se transforme en bataille judiciaire. Fin mai 2026, le maire de San Juan, Miguel Romero, a intenté une action en justice contre l'Autorité des eaux et des égouts de Porto Rico. Les tensions internes s'exacerbent : le nouveau président de l'agence des eaux, Luis González Delgado, nommé en février 2025, accuse publiquement l'ancien directeur régional, Roberto Martínez Toledo, d'avoir ignoré ses alertes. Ce dernier vient paradoxalement d'être nommé au sein d'un comité d'experts mandaté par un juge pour enquêter sur ces mêmes pénuries. Mercredi 10 juin 2026 au soir, le gouvernement a tenté de rassurer en annonçant le lancement de chantiers de d'un montant de 217 millions de dollars. Mais pour les habitants, dont plus de 40 % vivent sous le seuil de pauvreté, la réalité financière est immédiate et brutale. Ultime affront souligné par les représentants locaux : les foyers privés d'eau continuent de recevoir et de devoir honorer leurs factures. Une double peine qui illustre les limites d'un service public à la dérive.
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