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Présidentielle en Colombie : la courte victoire d’Abelardo de la Espriella fait basculer le pays à droite

23 June 2026
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Dimanche dernier (21 juin 2026), la Colombie a brutalement refermé la parenthèse de sa première présidence de gauche. Abelardo de la Espriella, avocat souvent catalogué d'extrême droite par les analystes politiques, et adoubé par Donald Trump, revendique la victoire à l'élection présidentielle. Mais le chef de l'État sortant, Gustavo Petro, refuse de concéder la défaite et dénonce une fraude électorale massive orchestrée selon lui avec l'appui informatique de l'État d'Israël.

Le second tour s'est joué dans un mouchoir de poche. Moins de 250 000 voix séparent Abelardo de la Espriella (49,66 %) du candidat de la gauche gouvernementale, Ivan Cepeda (48,70 %). Face à cette marge infime, Gustavo Petro a brisé une tradition démocratique colombienne vieille de plusieurs décennies : celle de la transition pacifique basée sur les résultats préliminaires. Le président sortant réclame une enquête pénale et pointe l'infrastructure électorale. Au centre des accusations : les formulaires E-14, bordereaux physiques de décompte. Selon Petro, l'entreprise privée Thomas Greg & Sons, dirigée par les frères Bautista (condamnés pour fraude bancaire aux États-Unis dans les années 1980), aurait permis la manipulation numérique de ces documents sur les serveurs du registre national. Des allégations balayées par le procureur général Gregorio Eljach, qui affirme ne détenir " aucune preuve de fraude " alors que plus de 99 % des suffrages sont dépouillés.

L'axe Trump-Netanyahou accusé d'ingérence

L'analyse de cette crise se double d'un thriller géopolitique. Gustavo Petro accuse directement Israël d'ingérence, affirmant que seul Tel-Aviv posséderait la capacité technique de modifier les adresses IP pour infiltrer le logiciel de vote, une riposte, selon lui, à la décision de Bogota de rompre ses relations diplomatiques avec l'État hébreu en 2024 en raison de la guerre à Gaza. En parallèle, l'influence de Washington s'affiche sans complexe. Donald Trump, qui avait publiquement soutenu le candidat d'extrême droite, a immédiatement revendiqué la paternité de cette victoire. En retour, Petro a sommé le dirigeant américain de s'expliquer, redoutant que cette instabilité ne provoque une explosion de violence et du narcotrafic.

Le projet radical d'un président controversé

Surnommé " Le Tigre ", Abelardo de la Espriella, 47 ans, est un avocat pénaliste devenu la figure de proue d'un populisme décomplexé. Naviguant dans le sillage de l'Argentin Javier Milei et du Salvadorien Nayib Bukele, il promet une thérapie de choc : construction de dix méga-prisons, libéralisation économique à outrance, croisade contre l'" idéologie du genre ", transfert de l'ambassade colombienne à Jérusalem et retrait de la Colombie de la Cour interaméricaine des droits de l'homme. Toutefois, le vernis de l'homme à poigne craque face à son propre passif. Ancien avocat d'Alex Saab, financier présumé de Nicolás Maduro, de la Espriella traîne un lourd bagage éthique. Ses propres déclarations d'archives, où il avoue avoir pris " plaisir " à faire exploser des chats avec des pétards durant son enfance, ou sa récente condamnation en mai 2026 à s'excuser publiquement pour avoir exhibé des photos de ses parties génitales à une journaliste, esquissent le profil erratique du potentiel futur chef de l'État.

Le retour de l'axe avec Washington

Si la victoire de de la Espriella est confirmée lors de son investiture prévue le 7 août 2026, la dynamique de pouvoir dans cette partie sud des Caraïbes risque de renforcer l'infuence de Washington. Les relations entre les États-Unis et la Colombie s'étaient effondrées sous la présidence de Gustavo Petro (sanctions américaines contre Petro en octobre, interdiction d'atterrissage des avions d'expulsion américains en janvier 2026). De la Espriella promet un virage à 180 degrés en s'alignant totalement sur les priorités de l'administration Trump (sécurité régionale, lutte contre l'immigration clandestine et intérêts économiques). Le candidat élu souhaite retirer la Colombie des Nations Unies et de la Cour interaméricaine des droits de l'homme, privilégiant la souveraineté nationale et les accords bilatéraux directs plutôt que les instances régionales traditionnelles.