Présidentielle en Haïti : L’ex-président Michel Martelly officialise sa candidature malgré les sanctions internationales
C'est un retour politique qui rebat les cartes de la course à la présidence. L'ancien président haïtien Joseph Michel Martelly a enregistré sa candidature à l'élection présidentielle hier vendredi 16 octobre. Une manœuvre rendue possible par un récent assouplissement de la loi électorale, au grand dam de ses détracteurs qui pointent son bilan et les lourdes sanctions internationales qui pèsent sur lui.
En s'inscrivant sur la plateforme en ligne du Conseil électoral provisoire (CEP), Michel Martelly devient le 16e prétendant à la magistrature suprême. Il s'avance sous l'étiquette Debloke, une vaste coalition réunissant 11 partis politiques, dont les principaux cadres sont d'anciens parlementaires issus de sa précédente formation politique, le Parti Haïtien Tèt Kale (PHTK).
Cette inscription numérique reste toutefois une étape préliminaire. Les instances électorales départementales doivent encore recevoir, examiner et valider les documents physiques avant d'entériner formellement chaque candidature.
L'obstacle bancaire habilement contourné
Visé par des sanctions du Canada (novembre 2022), des États-Unis (août 2024) et de l'Union européenne (décembre 2025) pour financement présumé de groupes armés et trafics illicites, l'ancien président semblait hors course. Un récent réajustement juridique a cependant rebattu les cartes. Le 6 octobre, les autorités ont amendé le décret électoral pour supprimer l'obligation de présenter un certificat de la Banque de la République d'Haïti (BRH). Ce sésame financier était devenu impossible à obtenir pour les personnalités visées par des sanctions et de fait coupées du système bancaire. Aujourd'hui, seules des sanctions officielles de l'ONU peuvent barrer la route d'un candidat. Et bien que des experts onusiens l'aient nommément accusé de profiter d'activités criminelles, des allégations qu'il dément vigoureusement, le nom de Michel Martelly ne figure pas sur la liste noire officielle des Nations Unies. La voie était donc libre.
Fatalisme et silence dans les rangs politiques
Rentré au pays le 15 juillet dernier après des années d'absence, Michel Martelly avance dans un paysage politique curieusement mutique. Depuis la publication de son nom sur les serveurs du CEP, aucun dirigeant de premier plan n'a pris position pour soutenir ou condamner l'initiative. Face au silence de la classe dirigeante, la rue oscille entre amertume et fatalisme. La crainte d'une élection jouée d'avance s'installe. "Le plus important était de ne pas le laisser s'inscrire, mais tout le monde est resté silencieux", regrette Romndy François, un jeune mécanicien de Port-au-Prince. "S'il s'est inscrit, il est déjà président. Je ne vois pas quel candidat pourrait l'arrêter". Cette percée de l'ancien chef de l'État intervient alors que la machine électorale patine. Paralysée par la violence endémique des gangs et de profonds défis logistiques, la campagne qui devait démarrer le 15 octobre a été reportée sine die. En attendant un nouveau calendrier, la clôture des inscriptions a été repoussée au 31 octobre.
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