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Résolution de l’ONU sur la traite des esclaves africains : « La France aurait dû voter le texte en émettant des réserves » (Christiane Taubira) | Guyaweb, site d’information et d’investigation en Guyane

10 May 2026
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Résolution de l’ONU sur la traite des esclaves africains : « La France aurait dû voter le texte en émettant des réserves » (Christiane Taubira)

Alors que le 10 mai 2001, la France devenait le premier pays au monde à reconnaître la traite et l’esclavage en tant que crime contre l’Humanité, 25 ans plus tard, la France s’abstenait lors du vote d’une résolution de l’Onu portée par le Ghana, au nom du Groupe des États d’Afrique, qualifiant la traite des esclaves africains comme « crime le plus grave contre l’humanité ».

Cette abstention motivée par le refus de la France de « créer une hiérarchie entre les crimes contre l’humanité », a frappé les esprits. Plusieurs voix se sont élevées : de Christiane Taubira, aux députés ultramarins à Jean-Marc Ayrault et Aïssata Seck, président et directrice de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage.

Le 25 mars 2026, lors de la Journée internationale de commémoration de l’abolition de l’esclavage et de la traite transatlantique des esclaves, l’Assemblée générale de l’ONU votait une résolution portée par le Ghana, reconnaissant la traite des esclaves africains comme « plus grave crime contre l’humanité » par 123 voix pour, trois contre (Etats-Unis, Israël, Argentine) et 52 abstentions dont la France.

« Si nous nous sommes abstenus sur cette résolution, c’est parce que nous refusons de créer une hiérarchie entre les crimes contre l’humanité, de mettre en compétition les souffrances que ces abominations et ces crimes continuent de provoquer aujourd’hui », avait affirmé le ministre des affaires étrangèresJean-Noël Barrot à l’AFP.

« La France aurait dû voter le texte en émettant des réserves» (Christiane Taubira)

Mais, cette abstention de la France qui commémore les 25 ans de la loi Taubira promulguée le 21 mai 2001 et reconnaissant l’esclavage comme crime contre l’humanité,  a frappé les esprits. Interrogée sur RFI le 7 mai sur cette abstention de la France, l’ancienne députée et Garde des Sceaux Christiane Taubira a expliqué « il est évident  qu’il n’y a pas de hiérarchie entre les crimes contre l’Humanité (…) simplement que peut faire la France ? Ce n’est pas une voix singulière (…) c’est une voix qui compte et donc c’ est une responsabilité. Est-ce qu’il n’était pas possible de prendre langue avec le Ghana et discuter, débattre et expliquer que le crime contre l’humanité est absolu et  irréparable. La France aurait dû se battre. »

« S’il y a un pays au monde qui avait le droit et la légitomité pour se battre, c’est la France. Et qu’est ce qu’elle fait : elle s’abstient. La France banalise sa parole, son prestige. La France aurait dû voter le texte en émettant des réserves» s’est positionnée Christiane Taubira.

«La France prolonge çà à l’Assemblée nationale. Elle fait répondre à un député par le ministre du commerce extérieur. Donc, soit c’est délibéré et quel cynisme. Ou soit c’est fortuit et qu’elle ne se rend pas compte qu’elle s’exprime sur plus de quatre siècles de commerces d’êtres humains à travers le monde. Mais quelle désinvolture ! C’est une tâche terrible sur l’Histoire de la France » a fustigé Christiane Taubira dans l’émission La marche du Monde sur RFI.

En effet, après l’abstention de la France à l’Onu, le député LIOT de Guadeloupe Max Mathiasin s’adressait au Premier ministre sur cette abstention. « C’est le choc, l’indignation des peuples ultramarins (…) L’abstention de la France est une faute politique, une faute contre l’Histoire, une faute contre les mémoires. La France a raté l’occasion majeure de rappeler devant le monde entier l’infamie de ces crimes et de faire face à sa propre Histoire. Se retranchant derrière des implications juridiques de ce texte, de la mise en concurrence des tragédies, la France semble vouloir tout faire pour masquer que l’esclavage a façonné la vie économique et sociale pendant des siècles pour nier que des inégalités consubstantielles à l’esclavage persistent toujours » s’est indigné le député Max Mathiasin. « Pourtant la France n’a pas hésité à indemniser les propriétaires d’esclaves après l’abolition de l’esclavage. Mais, qui étaient les victimes ? » a déploré le député ultramarin.

En l’absence de Jean-Noël Barrot, ministre des affaires étrangères alors en visite au Japon, c’est Nicolas Forissier, ministre délégué chargé du commerce extérieur qui a porté la parole du gouvernement, ce qu’ont déploré les députés ultramarins.

Autres voix, celles de Jean-Marc Ayrault et Aïssata Seck, président et directrice de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage. Dans une tribune dans le Monde, ils expliquent que « l’idée qu’il puisse y avoir des crimes contre l’humanité « moins graves » ou « plus graves » contredirait la nature même de cette notion, dont la force réside précisément dans son universalité – le fait que chaque crime contre l’humanité est singulier et que tous portent la même atteinte à ce qui nous réunit en tant que membres de l’espèce humaine… ». Ils rappellent qu’ « il y a vingt-cinq ans, la France a osé rompre les rangs des anciennes puissances coloniales en adoptant à l’unanimité la loi Taubira. Cet héritage nous oblige. Après le vote du 25 mars, notre pays ne peut s’abstenir d’agir »

Outre la proclamation de la traite des esclaves africains comme «crime le plus grave contre l’humanité », la résolution de l’ONU a également affirmé le droit des Africains et des personnes d’ascendance africaine à des réparations pour ce crime.

Photo de Une : salles permanentes consacrées à l’esclavage et au commerce triangulaire au Musée d’Aquitaine (Bordeaux) / © Archive Guyaweb / KLS

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