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Football:  derby d’Hispaniola en Guadeloupe

15 April 2026
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Avant le derby explosif programmé le vendredi 17 avril 2026 au Gosier, radiographie de la sélection féminine de football dominicaine qui sera en " mission commando " en terre guadeloupéenne face à la redoutable sélection féminine d'Haïti. Les deux formations font partie du groupe D de la Concacaf, et seule le leader du groupe obtiendra le sésame pour rejoindre le tournoi régional, l'ultime tremplin menant au rêve d'une qualification pour la Coupe du monde 2027.

Ce vendredi soir (17 avril), la Guadeloupe sera le théâtre d'un derby d'Hispaniola électrique. Au-delà des considérations géopolitiques, le choc face à Haïti sera l'occasion de jauger la montée en puissance de la République dominicaine dasn le football féminin. Loin d'être une somme de joueuses anonymes, l'équipe dirigée par la dominicaine Betzaida Ubri s'appuie sur des individualités aux statistiques probantes, rôdées à l'exigence des ligues nord-américaines et mexicaines. Parmi ces cadres qui structurent cet effectif, se distinguent :

Paloma Peña : l'assurance tous risques dans les cages

Si la République dominicaine peut aborder ce match couperet avec des certitudes défensives, elle le doit en grande partie à son dernier rempart. Gardienne des Florida Gators, Paloma Peña est l'archétype de la joueuse façonnée par le haut niveau de la NCAA (l'Association nationale du sport universitaire aux Etats-Unis). À 21 ans, ses états de service parlent pour elle. Désignée National Player of the Week par TopDrawerSoccer fin 2025 [soit Meilleure joueuse nationale de la semaine par TopDrawerSoccer" Pour donner un peu de contexte, aux États-Unis, il s'agit d'une distinction honorifique hebdomadaire. Elle est décernée par TopDrawerSoccer, un média américain de référence spécialisé dans le football] après une série de match sans encaisser de but, impressionnants, elle s'était notamment fendue de 11 arrêts héroïques face à la redoutable équipe de l'Université du Tennessee. Sur la scène internationale, son baptême du feu lors de la première édition de la Gold Cup féminine de la Concacaf en 2024 a marqué les esprits : elle y avait terminé la phase de groupes en étant la gardienne réalisant le plus grand nombre d'arrêts du tournoi. Puissante sur sa ligne et excellente dans la lecture des trajectoires aériennes, Peña sera le mur que les attaquantes haïtiennes devront briser.

Alyssa Oviedo : le cerveau et l'expérience

Au milieu de terrain, le jeu dominicain est dicté par le tempo de Alyssa Oviedo. À 25 ans, la native du New Jersey, passée par les Vermont Catamounts, a fait le choix de la rudesse et de la technique du championnat mexicain en s'engageant avec le Club Puebla (Liga MX Femenil). Milieu de terrain au profil "box-to-box" [Dans le jargon du football, un milieu de terrain "box-to-box" désigne un joueur capable d'être aussi performant en défense qu'en attaque, couvrant sans cesse la distance entre sa propre surface de réparation et celle de l'adversaire.] mais dotée d'une finition d'attaquante, Oviedo compte déjà plus d'une dizaine de buts sous le maillot national depuis ses débuts en 2018. Sa capacité à conserver le ballon sous pression et sa vision du jeu dans les intervalles de transition seront les clés de voûte de l'animation dominicaine. Face au bloc haïtien, c'est elle qui sera chargée de casser les lignes par la passe ou par des percées balle au pied.

Mia Asenjo et Angelina Vargas : l'alliance de la percussion et de la profondeur

Pour concrétiser les occasions, Betzaida Ubri dispose d'une animation offensive hybride, mêlant expérience européenne et formation d'élite américaine.

· La touche technique : Expatriée en Espagne, Mia Asenjo évolue sous les couleurs du DUX Logroño (Deuxième Division Féminine Espagnole). Attaquante percutante, dotée d'un centre de gravité bas, elle apporte cette touche de "grinta" et de vice tactique propre au football européen. Sa faculté à décrocher pour libérer des espaces sera scrutée de près.

· La profondeur académique : Sur le front de l'attaque, Angelina Vargas incarne la nouvelle génération. Brillante avec l'université de Brown dans la très exigeante Ivy League, elle sort de saisons régulières où elle s'est imposée comme une buteuse racée, capable de fulgurances. Issue de la redoutable académie ECNL (Elite Clubs National League) aux États-Unis, Vargas compense un physique moins massif par une intelligence de placement et une vitesse de course dévastatrice dans la profondeur.

Le constat tactique

Avec une colonne vertébrale Peña-Oviedo-Asenjo, on parle d'un effectif capable d'imposer un défi physique total, tout en sanctionnant la moindre erreur de relance par des transitions chirurgicales. Si cette équipe est capable de ne pas subir et espèrer un contre pour s'imposer face à une grande majorité de petites équipes insulaires de la région, dans le contexte précis d'un derby contre Haïti, cette analyse tactique se heurte à un adversaire d'une autre dimension. L'équipe haïtienne a l'expérience du haut niveau mondial [l'équipe nationale féminine d'Haïti surnommée " Les Grenadières ", s'était qualifiée et avait disputé la Coupe du Monde féminine de la FIFA 2023, organisée en Australie et en Nouvelle-Zélande. : Une qualification historique : Haïti avait arraché son ticket en février 2023 lors des barrages intercontinentaux, en éliminant notamment le Chili (2-1) grâce à un doublé retentissant de sa pépite Melchie Dumornay. C'était la toute première participation du pays à un Mondial féminin senior.]. La sélecton féminine haïtienne, structurée autour de joueuses de très haut niveau européen (Melchie Dumornay à l'Olympique Lyonnais, Kethna Louis au Montpellier HSC). Face à la puissance athlétique et à la possible supériorité technique haïtienne, la République dominicaine pourrait se retrouver inévitablement contrainte d'adopter un bloc bas. Si tel est le cas vendredi soir au Gosier, la sélection dominicaine devra exploiter les transitions rapides pour exister.

Un test de caractère en terre guadeloupéenne

Ces statistiques et ce pédigrée impressionnants sur le papier devront toutefois passer l'épreuve du terrain du Gosier. Si chaque joueuse affiche un niveau de performance élevé dans son club respectif, le défi de ce derby reste l'alchimie collective. Face à une sélection haïtienne transcendée par l'enjeu et soutenue par sa diaspora bien plus nombreuse en Guadeloupe que la diaspora dominicaine (une diaspora qui risque de se mobiliser malgré tout, mue par son patriotisme qui ne se dément pas même en situation d'exil), les Dominicaines devront prouver que leur excellence académique et professionnelle peut résister au bouillonnement et à l'imprévisibilité d'un sommet caribéen à fort enjeu sportif, émotionnel, symbolique, qui risque de se dérouler dans une ambiance où les supporters des deux camps risquent d'être au moins aussi motivés et déterminés que les joueuses...

Le coup d'envoi est proche, dans 48h les fiches techniques laisseront désormais la place à la vérité du rectangle vert.