Ursula von der Leyen a présenté mercredi 15 avril une application de vérification de l'âge pour protéger les mineurs en ligne. Mais ce projet, loin de faire l'unanimité, suscite de vives critiques parmi les universitaires et les défenseurs des libertés numériques.
Avant même que la présidente de la Commission européenne n'ouvre la bouche, le projet était déjà dans la tourmente. En mars dernier, des centaines d'universitaires ont signé une lettre ouverte pour demander aux gouvernements de suspendre ce projet de vérification d'âge obligatoire sur les réseaux sociaux. Leur argumentaire est solide. D'abord, ils estiment qu'il n'existe aucun consensus scientifique sur les bénéfices ou les méfaits des technologies de vérification d'âge. Ensuite, ils pointent du doigt les risques de failles de sécurité, susceptibles d'exposer la vie privée des utilisateurs.
Cités par Dig. watch, ils ajoutent une critique plus technique : “tout système crédible nécessiterait des garanties cryptographiques pour chaque requête afin de protéger les données en transit, plutôt que de laisser le contrôle de l'identité aux plateformes sans garanties techniques robustes”. Et de conclure qu'une telle infrastructure “serait complexe à bâtir mondialement et créerait des contraintes que de nombreux fournisseurs pourraient refuser d'adopter”. Autant d'alertes qui n'ont pas empêché Bruxelles d'avancer.
Une application “techniquement prête” après des années de promesses
Car c'est bien le paradoxe : alors que les critiques fusent, Ursula von der Leyen a présenté ce mercredi 15 avril ce qu'elle qualifie “d'approche européenne harmonisée”. L'outil ? Une application de vérification de l'âge qu'elle assure être “techniquement prête” et “bientôt disponible pour tous les citoyens”. Reste que l'exécutif bruxellois promet le lancement de cette solution, dénommée EU Digital Identity Wallet, depuis maintenant plusieurs années. Les observateurs attendent donc de voir si cette fois sera la bonne. L'objectif affiché est très large : protéger les enfants du cyberharcèlement, de la pornographie, de l'addiction aux écrans et des contenus illégaux. Une ambition louable sur le papier, mais qui se heurte à une réalité technique et éthique complexe.
“Comme une pièce d'identité pour acheter de l'alcool”
Pour défendre son projet, Ursula von der Leyen use d'une analogie simple et parlante. Elle explique que “cette application permettra aux utilisateurs de prouver leur âge lorsqu'ils accèdent aux plateformes en ligne, tout comme les commerces demandent une pièce d'identité pour l'achat de boissons alcoolisées”. Une comparaison qui a le mérite d'être claire, mais qui occulte une différence fondamentale : dans un commerce, la vérification est ponctuelle et limitée à un vendeur. Sur internet, c'est potentiellement l'ensemble des plateformes qui pourrait avoir accès à cette donnée. La présidente de la Commission en est consciente. C'est pourquoi elle insiste lourdement sur le respect de la vie privée.
Anonymat, open source et confidentialité : la promesse technique
Ursula von der Leyen détaille elle-même le fonctionnement de l'outil, en insistant sur quatre points clés. D'abord, la simplicité : il suffit de télécharger l'application et de la configurer avec son passeport ou sa carte d'identité. Ensuite, la confidentialité : les utilisateurs prouvent leur âge sans divulguer d'autres informations personnelles. “En clair, elle est totalement anonyme : les utilisateurs ne peuvent pas être suivis”, assure-t-elle. Troisième promesse : l'universalité. L'application fonctionne sur tous les appareils : téléphone, tablette, ordinateur. Enfin, la transparence : son code source est entièrement ouvert. “Chacun peut le consulter”, insiste la dirigeante européenne. Autant de garanties censées rassurer les plus sceptiques. Reste à savoir si elles suffiront à convaincre les détracteurs du projet.
Ursula von der Leyen cite la France et quelques autres États membres en exemple, car ces derniers ont d'ores et déjà annoncé leur intention d'intégrer cette application dans leurs portefeuilles numériques nationaux. Dans notre pays, l'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans se profile, avec la nécessité de prouver son identité.
La Commission européenne prend donc des gants avec ce projet, consciente qu'il est très loin de faire l'unanimité. Car au-delà des critiques des universitaires, d'autres questions demeurent : les plateformes accepteront-elles de jouer le jeu ? Les jeunes trouveront-ils des moyens de contourner le système ? Et surtout, que deviendront les données en cas de fuite ? Autant d'interrogations que le projet européen, malgré ses belles promesses, ne parvient pas encore à dissiper complètement.
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