Par Stéphanie VÉLIN [email protected]

La plateforme SlaveVoyages rassemble des données sur la traite négrière concernant chaque île de la Caraïbe. Mais la Guadeloupe et la Martinique posent une difficulté particulière : l'histoire a été marquée par la contrebande, les reventes rapides d'esclavisés et les circulations entre colonies, plus difficiles à documenter.
Offre et demande, vente, revente, plus-value : le
vocabulaire paraît appartenir au capitalisme le plus ordinaire. Il
est pourtant au cœur de l'une de ses formes les plus brutales : la
transformation d'êtres humains en marchandises, déportés, évalués,
revendus dans les Amériques pendant des siècles. C'est sans doute
l'un des aspects les plus dérangeants de cette histoire : pour
comprendre l'esclavage, il faut aussi regarder sa mécanique froide,
comptable, commerciale. Dans ce système, les Antilles françaises
occupent une place singulière parce qu'une partie de leur
approvisionnement en captifs s'est jouée dans des circuits
clandestins.
La contrebande : difficile à mesurer
Le problème tient donc à l'absence de registres.
Les voyages légaux laissent des traces : ports d'arrivée, dates,
nombre de captifs, assurances, comptes marchands. La contrebande,
elle, se construit contre ces circuits administratifs. Aux Archives
nationales d'outre-mer, à Aix-en-Provence, l'historien américain
spécialiste de la traite transatlantique et contributeur de
SlavesVoyages, Gregory O'Malley a retrouvé des correspondances où
les autorités françaises somment les gouverneurs coloniaux de
réprimer ces livraisons clandestines. Leurs réponses invoquent la
difficulté de surveiller les côtes, les anses isolées, les
rencontres organisées à Sainte-Lucie ou dans d'autres îles
voisines. SlaveVoyages documente donc surtout les voyages français
légaux vers la Martinique et la Guadeloupe,...
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