À l’occasion de la Semaine du muscle (1er au 7 juin), l’AFM-Téléthon et l’Institut de Myologie tirent la sonnette d’alarme. Selon les experts, la sédentarité est un fléau de santé publique dès le plus jeune âge. Certains enfants présentent déjà des pathologies autrefois réservées aux seniors.
« La sédentarité, des petits jusqu’à l’adolescence, c’est un énorme problème de santé publique. C’est une bombe à retardement : les muscles qu’ils ne construisent pas, ils ne les récupéreront pas », alerte le Pr Fabrice Chrétien, neuropathologue à l’hôpital Sainte-Anne et à l’Institut de Myologie, interrogé par l’AFP avec le Pr Raphaël Vialle, chef du service de chirurgie orthopédique de l’enfant à l’hôpital Trousseau.
Un enfant doit bouger pour que sa musculature se développe normalement. Or, le manque d’activité entraîne des douleurs chroniques, dos, genoux, chevilles, car les jeunes sont « trop lourds ou pas assez musclés ». La sédentarité ne se limite pas au surpoids : elle induit des anomalies métaboliques précoces. « C’est un environnement favorable à la prise de poids, avec moins de mouvements, plus d’écrans, moins de sommeil et une exposition permanente aux aliments ultratransformés », résume l’endocrinologue Célia Lloret-Linares.
Des enfants de 11 ans déjà malades comme des vieux
Les chiffres de Santé publique France sont édifiants. En 2022, les enfants de 9 à 11 ans passaient en moyenne 2h33 par jour devant un écran. Un usage précoce, quotidien et marqué par des inégalités sociales : chez les 3-5 ans, 72 % des enfants de familles peu diplômées dépassent une heure d’écran par jour, contre 35 % dans les familles les plus diplômées. Les conséquences sont déjà visibles : des enfants de 11 ans souffrent de diabète de type 2, de cholestérol, et certains feront leur premier infarctus à 30 ans, contre 45 ans il y a vingt ans.
À la rentrée 2025, le ministère de l’Éducation nationale a évalué les aptitudes physiques de 266 900 élèves de sixième et de 4 400 élèves de seconde. Les résultats sont préoccupants. En sixième, 44 % des filles et 26 % des garçons sont incapables de courir quatre minutes à faible allure (test d’endurance). 12 % des élèves mettent 6,8 secondes ou plus pour parcourir 30 mètres. Les filles sont particulièrement en retard : seules 22 % d’entre elles maîtrisent l’endurance, contre 46 % des garçons. En seconde, l’écart se creuse encore. Les garçons sautent en moyenne 186 cm sans élan, les filles 140 cm. Et seuls 51 % des garçons et 30 % des filles ont une endurance satisfaisante.
Les élèves qui pratiquent plus de trois heures de sport par semaine en club obtiennent de bien meilleurs résultats. Mais les filles et les enfants de milieux défavorisés sont les plus touchés par l’absence d’activité encadrée.
Des écrans omniprésents, des parents démunis
L’enquête Enabee de Santé publique France dresse un panorama inédit de l’exposition aux écrans des 3-11 ans. À 11 ans, un enfant sur deux possède déjà un smartphone avant l’entrée au collège. Près de 25 % des 9-11 ans ont accès aux réseaux sociaux, bien que l’âge minimum légal soit 13 ans. Parmi eux, 5 % déclarent avoir subi des moqueries ou humiliations en ligne. Si neuf parents sur dix limitent le temps d’écran, le contrôle des contenus diminue avec l’âge : seuls 36 % des parents d’enfants de 9-11 ans empêchent « souvent » la consultation de certains contenus. D’importantes inégalités sociales persistent : plus les parents sont diplômés, moins les enfants passent de temps devant les écrans.
La motivation des jeunes : être avec les copains ou améliorer son apparence
Les questionnaires remplis par les élèves révèlent leurs motivations. En sixième, 69 % pratiquent avant tout pour être avec leurs amis. En seconde, l’amélioration de l’apparence physique devient le moteur principal (69 %), devant la santé (63 %). Les filles de seconde citent plus souvent que les garçons un motif de déplaisir : devoir pratiquer devant les autres (36 % contre 17 %). Le plaisir et la motivation sont directement corrélés à la performance. Les élèves qui prennent du plaisir réussissent bien mieux.
Pour la directrice générale de Santé publique France, Dr Caroline Semaille, ces données « fournissent un socle solide pour élaborer la prochaine campagne sur la problématique des écrans et la promotion d’un équilibre bénéfique pour le développement des enfants ». Les spécialistes sont clairs : il faut agir dès le plus jeune âge, favoriser l’activité physique, réduire le temps d’écran, et soutenir les parents, notamment les plus défavorisés. Car les muscles que les enfants ne construisent pas aujourd’hui, ils ne les récupéreront jamais.
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