Réparations pour l’esclavage : Londres rejette fermement la pétition de la Jamaïque
Le gouvernement britannique a opposé une fin de non-recevoir à la pétition déposée lundi 7 septembre par la Jamaïque auprès du roi Charles III. Une délégation jamaïcaine conduite par la ministre de la Culture Olivia Grange a officiellement remis un document demandant un avis consultatif sur la légalité de la traite transatlantique des esclaves.
C’est une première dans l’histoire du Commonwealth. La délégation jamaïcaine, conduite par la ministre de la Culture Olivia Grange, a déposé lundi une pétition devant le palais de Buckingham. Le document demande au roi Charles III, chef de l’État de la Jamaïque, de renvoyer trois questions juridiques devant la plus haute cour d’appel de l’île, siégeant à Londres : l’esclavage des Africains en Jamaïque était-il légal au regard du droit anglais ? A-t-il enfreint le droit international ? Et le Royaume-Uni a-t-il aujourd’hui l’obligation légale d’accorder réparation ? Un geste inédit, salué par le ministère jamaïcain de la Culture comme une avancée dans la campagne pour les réparations envers les ancêtres africains ayant souffert de l’esclavage.
La réaction du gouvernement britannique ne s’est pas fait attendre. Interrogé en début d’après-midi, un porte-parole de Downing Street a été catégorique : « Le Royaume-Uni ne verse pas (de réparations) et n’en versera jamais ». Une déclaration ferme qui clôt toute perspective de compensation financière. Le porte-parole a néanmoins reconnu le caractère « odieux » de la traite transatlantique des esclaves, affirmant qu' « il est certes juste de reconnaître les torts du passé ». Il a toutefois souligné que le Royaume-Uni « continuera à se tourner vers l’avenir et à collaborer avec d’autres pays pour relever les défis communs ».
Le roi Charles III entre reconnaissance et prudence
De son côté, le palais de Buckingham avait indiqué dimanche que le roi Charles III avait « à maintes reprises exprimé son engagement personnel et sans réserve à favoriser une meilleure compréhension de la question de l’esclavage et à trouver des moyens de réparer les torts historiques au profit des communautés d’aujourd’hui ». Mais aucune promesse d’excuses officielles ni de réparations n’a été formulée. La famille royale britannique a été régulièrement interpellée par des anciennes colonies victimes de la traite négrière, mais elle s’est toujours abstenue de présenter des excuses formelles ou de s’engager sur le terrain financier.
L’Église anglicane, elle, a déjà fait un pas
Si l’État britannique se montre inflexible, l’Église anglicane d’Angleterre a quant à elle pris ses distances. En 2023, elle a présenté ses excuses pour ses liens passés avec l’esclavage et s’est engagée à créer un fonds pluriannuel de 100 millions de livres (environ 116 millions d’euros) pour investir dans des communautés affectées par l’héritage de l’esclavage. Un geste symbolique mais qui ne concerne pas l’État. Le refus de Londres ne surprend pas les militants jamaïcains, mais il relance le débat sur la responsabilité des anciennes puissances coloniales. Pour la Jamaïque et les pays des Caraïbes, la question des réparations reste ouverte, et cette pétition historique pourrait ouvrir une voie juridique inédite.
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