ONU : la Barbade réclame une réforme du Conseil de sécurité et dénonce les blocages
Soixante ans après son adhésion aux Nations unies, la Barbade a appelé jeudi à une réforme en profondeur du Conseil de sécurité, en ciblant particulièrement le droit de veto et la composition de l’instance.
Devant l’Assemblée générale, Mia Mottley a été directe. Le Conseil de sécurité, composé de 15 membres dont cinq permanents « armés du véto », n’a pas évolué avec le monde, a-t-elle déclaré. L’Afrique, avec ses 54 États, n’a aucun siège permanent. « Cela doit changer », a-t-elle lancé. Les petits États insulaires en développement, qui représentent près d’un quart des États souverains, n’ont pas non plus de représentation assurée. « Cela aussi doit changer ».
Mais pour la Première ministre, la réforme ne se limite pas à la question des sièges. « Il s’agit aussi de la manière dont le pouvoir est exercé ». La Barbade rejoint ainsi 123 autres États en soutenant l’initiative franco-mexicaine sur l’usage du veto en cas d’atrocités de masse. Un principe fondamental, selon elle : « Là où des populations font face à un génocide, à des crimes contre l’humanité ou à des crimes de guerre à grande échelle, le veto ne devrait pas paralyser le Conseil de sécurité alors que l’action est la plus urgente ».
Un monde en proie aux conflits
Mia Mottley a rappelé l’ampleur des violences dans le monde. Citant l’Institut de la paix d’Oslo, elle a indiqué que 2025 avait été l’année de quelque 245 000 morts liées à des combats, ce qui en fait la troisième année la plus violente depuis la fin de la Guerre froide. « L'échelle de la tragédie humaine s’aggrave, que ce soit à Gaza, en Cisjordanie, au Liban, au Yémen, au Soudan, en Ukraine et ailleurs ».
Elle a plaidé pour le déploiement « délibéré et systématique » d’équipes de médiation agiles, dirigées par des personnalités politiques en exercice ou retraitées, agissant au nom du Secrétaire général. Des équipes qui seraient soutenues par une force d’observation rapide et technologiquement renforcée, capable d’être déployée rapidement pour surveiller les cessez-le-feu et les accords de paix.
La Caraïbe doit rester une zone de paix
La Première ministre a également évoqué la situation en Haïti, où les gangs armés contrôlent de larges portions du territoire et entravent la restauration d’un gouvernement constitutionnel depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse en 2021. « Ces efforts ne pourront aboutir que si la sécurité s’améliore, en particulier dans les zones qui abritent plus de la moitié de l’électorat haïtien », a-t-elle souligné. La Barbade soutient le déploiement complet et le renouvellement du mandat de la mission multinationale de sécurité autorisée par le Conseil de sécurité pour lutter contre les gangs en Haïti. « Cela suffit », a-t-elle déclaré, rappelant que l’escalade actuelle de l’insécurité a commencé en 2022 avec les émeutes du carburant.
Elle a aussi exprimé sa solidarité avec Cuba, dénonçant les restrictions commerciales, financières et d’accès au carburant qui « intensifient les difficultés non seulement pour les citoyens cubains, mais aussi pour tous ceux qui étudient et vivent là-bas ». La Barbade, a-t-elle réaffirmé, s’oppose à l’embargo américain et aux mesures coercitives unilatérales. Elle a également réitéré son soutien au Guyana dans sa recherche d’une résolution pacifique du différend frontalier avec le Venezuela devant la Cour internationale de justice.
Justice réparatrice : « les blessures sont encore à vif »
Mia Mottley a profité de son discours pour renouveler l’appel de la Caraïbe à la justice réparatrice pour l’héritage de l’esclavage et du colonialisme. Elle a rappelé la résolution des Nations unies adoptée le 25 mars, qui reconnaît que la traite des Africains réduits en esclavage et l’esclavage racialisé constituent les crimes les plus graves contre l’humanité.
« Oui, nous à la Barbade connaissons douloureusement cette réalité. Malheureusement, nous en portons encore les cicatrices », a-t-elle déclaré. Elle a rappelé le rôle historique de l’île dans le développement des systèmes esclavagistes, notamment l’adoption du premier Code noir en 1661, suivi du tristement célèbre Code Noir de 1685, « qui n’a été abrogé que cette année ; les blessures sont donc encore à vif ».
La Barbade accepte une responsabilité morale d’agir par la justice réparatrice. « Nous ne demandons pas de réparations sans accepter la responsabilité de notre propre réparation, que nous avons entreprise depuis des décennies », a-t-elle ajouté. Elle a également lié cet héritage aux inégalités persistantes dans les institutions internationales : « L’état d’esprit qui a établi, justifié et maintenu l’esclavage est le même qui maintient les iniquités au sein des structures de pouvoir de cette institution et de l’architecture financière internationale ».
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