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120 millions d’euros pour l’énergie en République dominicaine annoncés par la France quand la Guadeloupe cherche à financer durablement son réseau d’eau

01 October 2026
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La France s'apprête à mobiliser 120 millions d'euros pour réhabiliter et moderniser des centrales hydroélectriques en République dominicaine. À quelques centaines de kilomètres de là, la Guadeloupe tente toujours de boucler le financement du renouvellement de son réseau d'eau et d'assainissement. 

Les deux projets ne sont pas de même nature. Mais leur mise en regard pose une question plus large : quelle priorité la France accorde-t-elle à ses territoires ultramarins par  rapport aux États voisins de la Caraïbe ?

À quelques jours de la fin de sa mission, l'ambassadrice de France en République dominicaine, Sonia Barbry, a dressé le bilan de deux années de coopération entre Paris et Saint-Domingue. Son constat est celui d'une relation qui s'est considérablement élargie. L'Agence française de développement, l'AFD, et des entreprises françaises participent à plusieurs grands projets dominicains : les deux lignes du métro de Saint-Domingue, quatre lignes de téléphérique, le monorail de Santiago ou encore le futur monorail de la capitale. Dans le domaine de l'eau, la France participe également à la réhabilitation de la station d'eau potable de La Noriega, à Santiago, ainsi qu'à un projet d'assainissement des eaux usées à San Cristóbal, avec l'Union européenne. Mais l'annonce la plus importante concerne l'énergie.

120 millions d'euros pour les centrales hydroélectriques dominicaines

Sonia Barbry a annoncé un financement de 120 millions d'euros destiné à la réhabilitation et à la modernisation des centrales hydroélectriques dominicaines. La diplomate présentait ce projet comme l'un de ceux qu'elle souhaitait laisser engagés avant son départ. Elle a mis en avant notamment  la production d'une énergie renouvelable et moins coûteuse. Cette annonce intervient dans une relation que le ministère français des Affaires étrangères qualifie lui-même d'" expansion ", notamment dans les infrastructures et les transports urbains. La République dominicaine est également présentée comme un partenaire économique important de la France dans la région. Environ 80 entreprises françaises sont par ailleurs implantées dans le pays, selon l'ambassadrice.

120 millions d'euros en République dominicaine, 83 millions de l'État pour l'eau en Guadeloupe

Le contraste apparaît lorsqu'on regarde la situation de la Guadeloupe.

Pour sortir des tours d'eau et remettre à niveau le réseau, le plan d'investissement 2024-2027 représente 213 millions d'euros. Mais cette somme ne provient pas uniquement de l'État : elle associe plusieurs financeurs. La contribution de l'État s'élève à 83 millions d'euros, tandis que le FEDER apporte 71 millions, le Département 20 millions, la Région 20 millions et l'Office de l'eau 19 millions. La comparaison avec la République dominicaine devient alors plus précise : 120 millions d'euros annoncés par la France pour les infrastructures hydroélectriques d'un État voisin, contre 83 millions apportés par l'État français au principal plan d'investissement consacré à l'eau d'un de ses propres territoires ultramarins [lors du Congrès sur l'eau du 24 juin 2026, le préfet a bien annoncé/confirmé un engagement financier nouveau de 14 millions d'euros pour 2026, dans le cadre du plan COROM ou Contrat de Redressement en Outre-mer, pour contribuer au redressement financier du SMGEAG sous condition d'une mobilisation des collectivités.]. Les deux opérations ne concernent évidemment pas les mêmes infrastructures. Mais les montants permettent de poser une question sur l'effort financier consenti par la France dans la Caraïbe et sur les priorités qu'elle donne à ses territoires ultramarins.

Le problème guadeloupéen ne s'arrête pas en 2027

Le sujet est désormais celui de l'après-2027. Lors d'un débat au Sénat, le 17 juin 2026, il a été rappelé que le plan de 320 millions avait été ramené à 213 millions et que ce programme de quatre ans arrivait bientôt à son terme. La nécessité d'un financement sur dix ans pour poursuivre les investissements a alors été mise en avant. La question n'est donc plus seulement de savoir combien d'argent est engagé actuellement. Elle est de savoir si la Guadeloupe bénéficiera d'une visibilité financière suffisamment longue pour poursuivre la reconstruction de son réseau. Car le chantier est loin de se résumer à quelques réparations ponctuelles. La seule première action du plan d'accélération représente 112 millions d'euros pour le renouvellement des réseaux d'eau potable.

Ce ne sont pas les mêmes projets. Mais ce sont bien les mêmes moyens français que l'on regarde

Comparer directement les 120 millions d'euros destinés à l'hydroélectricité dominicaine aux investissements consacrés à l'eau en Guadeloupe serait trompeur si l'on prétendait comparer deux projets équivalents. Ce n'est pas le cas. D'un côté, il s'agit d'énergie et d'une opération de coopération avec un État étranger. De l'autre, il s'agit d'eau potable et d'assainissement dans un territoire français. Mais cette différence ne fait pas disparaître l'intérêt de la comparaison. Elle le déplace. La question porte sur la capacité de la France à mobiliser des moyens financiers importants dans le proche environnement caribéen de la Guadeloupe, et sur la manière dont elle hiérarchise ses interventions. La République dominicaine est un État souverain voisin des collectivités françaises des Amériques. La France y développe une coopération économique et financière qui touche les transports, l'énergie, l'eau, l'environnement et la sécurité. La Guadeloupe, elle, fait partie de la République française. Dès lors, une question apparaît : les territoires français d'outre-mer bénéficient-ils du même niveau de priorité lorsqu'il s'agit de financer leurs infrastructures essentielles que les États voisins avec lesquels la France développe sa coopération ?

Une question de priorités

Ici on ne met en perspective qu'une comparaison avec la République dominicaine, mais si on consolidait l'effort de la France en matière de coopération avec les pays voisins de la Caraïbe et même d'ailleurs, peut être que le citoyen Guadeloupéen pourrait se poser des questions dérangeantes pour l'État français. Le sujet est d'autant plus sensible en Guadeloupe que le problème de l'eau ne relève pas d'un problème nouveau ou d'un équipement facultatif. Il s'agit d'un réseau essentiel au fonctionnement quotidien du territoire. La France affirme vouloir renforcer sa présence économique et stratégique dans la Caraïbe. La République dominicaine occupe une place croissante dans cette stratégie, avec des investissements dans les transports, l'énergie et d'autres secteurs. Dans le même espace géographique, la Guadeloupe continue de faire face à la nécessité de remettre à niveau ses infrastructures d'eau et de trouver un cadre financier permettant de poursuivre cet effort au-delà du programme actuel. C'est là que la comparaison devient politique au sens le plus concret du terme : elle interroge les priorités d'investissement de la France dans une région où coexistent ses propres territoires ultramarins et des États avec lesquels elle entretient des relations de coopération. La question n'est donc pas de savoir si la République dominicaine mérite ces 120 millions d'euros. La question est de savoir si la Guadeloupe, elle, figure au même niveau de priorité lorsqu'il s'agit de financer durablement une infrastructure aussi fondamentale que son réseau d'eau. Et, au-delà de la Guadeloupe, c'est la place accordée aux territoires français d'outre-mer dans les choix d'investissement de la France qui se trouve posée.