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Deux ligues liquidées, des clubs en difficulté : le sport guadeloupéen en crise

06 October 2026
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Teddy Riner, Marie-José Pérec, Lilian Thuram. Des noms qui font la fierté de la Guadeloupe et nourrissent l’étendard « Terre de champions ». Mais derrière les podiums et les médailles, le sport amateur de l’archipel traverse une crise profonde.

L’année 2026 restera comme un tournant douloureux pour le sport guadeloupéen. En mars, la ligue de football a été liquidée par le tribunal de commerce. Une première dans le paysage sportif français. Quatre mois plus tard, en juillet, c’est la ligue de natation qui subit le même sort. Toutes deux laissent derrière elles des dettes colossales. Et elles ne sont pas les seules à vaciller : le handball, le basket et le judo connaissent également de sérieuses difficultés.

Les causes de cette débâcle sont multiples. La première tient à une gestion jugée « hasardeuse ». « Dans de nombreux cas, on constate de mauvaises habitudes de gestion et une masse salariale déraisonnable », analyse Bernard Guillaume, chef du pôle sport à la Direction régionale académique à la jeunesse, à l’engagement et au sport (Drajes). L’archipel compte 62 ligues et 949 clubs. À cela s’ajoutent des surcoûts structurels imposés par l’insularité. « Au vu du coût du transport, les déplacements en Caraïbe ou dans l’Hexagone pèsent lourd sur les clubs et les familles », poursuit-il. Se déplacer entre la Guadeloupe et la Martinique, ou vers l’Hexagone pour les compétitions nationales, représente un budget considérable. Une charge qui se répercute directement sur le prix des inscriptions, dans un territoire qui côtoie des records de pauvreté.

Des parents exaspérés, des clubs en tension

Le manque d’argent ne concerne pas seulement les ligues. Les petits clubs locaux en subissent les conséquences, et les tensions remontent parfois jusqu’aux familles. Durant les grandes vacances, des parents de jeunes judokas se sont ainsi émus d’un manque d’informations de la part de la ligue sur les rencontres locales. Un symptôme parmi d’autres d’un système à bout de souffle.

Dans ce contexte, la pratique sportive recule. Une étude de l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (Injep), publiée en 2024, indiquait que 51 % des habitants de Guadeloupe et de Martinique, âgés de 15 ans ou plus, pratiquaient une activité sportive régulière en 2022-2023, contre 60 % pour la France entière. Après 30 ans, ils sont 42 % à ne pratiquer aucune activité sportive, soit 13 points de plus que la moyenne nationale.

Le déclin démographique, un défi structurel

Cette situation n’étonne pas les observateurs du monde sportif guadeloupéen. Si la pratique libre, en plein air, en mer ou en salle, concurrence le sport en club, « l’un des gros soucis que nous avons, c’est aussi le déclin démographique », souligne Bernard Guillaume. Avec près de 30 % de sa population âgée de plus de 60 ans, la Guadeloupe figure parmi les départements les plus vieux de France. Un vieillissement qui touche inévitablement les adhérents des clubs, mais aussi leur encadrement.

À cela s’ajoute une crise généralisée du bénévolat associatif et un manque de formation, notamment pour la recherche de subventions. Dans les ligues et les clubs, on observe que les subventions diminuent au profit d’appels à projets qui exigent une véritable ingénierie pour monter les dossiers. Une compétence rare, difficile à trouver.

Des équipements vétustes et mal adaptés

Reste la question des infrastructures. Lors d’un séminaire du Comité régional olympique et sportif (Cros) fin septembre au Gosier, les membres de la communauté sportive ont évoqué des équipements mal adaptés, mal entretenus et vétustes. Ils ont appelé à de véritables « politiques publiques » pour répondre aux besoins réels, plutôt qu’à des « équipements financés par effets d’aubaine grâce à des contacts entre élus et responsables sportifs ».

Pour Priscilla Romain, rédactrice en chef d’Offensive Sport Mag, une publication locale dédiée au sport, l’étendard « Terre de Champions » résume le paradoxe guadeloupéen. « C’est à la fois une bénédiction et une malédiction », confie-t-elle. L’appellation est censée illustrer la vitalité sportive d’un archipel qui a vu naître Teddy Riner, Marie-José Pérec ou Lilian Thuram. Mais elle masque une réalité plus sombre. « On veut pousser des champions mais on oublie que pour les voir émerger, il faut développer le sport amateur », conclut-elle.