Crise sociale : le préfet campe sur ses positions face à « Nou Las Palé »
Le préfet de la Guadeloupe ne compte pas changer de méthode. Alors que la nuit a été plus calme et a occasionné onze interpellations, Thierry Devimeux a réaffirmé ce mardi 20 octobre son refus catégorique de rencontrer le collectif « Nou Las Palé », estimant qu’il ne représente pas « un mouvement de fond de la population ».
Ce mardi matin, l’atmosphère était moins électrique que les jours précédents. Le préfet de la région Guadeloupe, Thierry Devimeux, s’est rendu tôt au contact des forces de l’ordre pour saluer leur engagement après une nuit passée sur le terrain. « La situation est sous contrôle sur la totalité du territoire, à l’exception d’un petit point chaud encore non totalement traité à Basse-Terre », a-t-il déclaré. La priorité affichée par l’État est claire : permettre aux Guadeloupéens de reprendre une vie normale. « Les gens partent au travail, la circulation est revenue sur la quasi-totalité du territoire », s’est-il félicité, soulignant que policiers et gendarmes avaient œuvré toute la nuit pour protéger les commerces et libérer les axes routiers.
Le directeur territorial de la police nationale, le commissaire général Philippe Miziniak, a détaillé les chiffres de la nuit. « La nuit a été globalement plutôt calme, plus calme que les nuits précédentes », a-t-il confirmé. Onze interpellations ont eu lieu, principalement dans la zone pointoise et aux Abymes, visant des regroupements en vue de commettre des exactions. Il s’agit majoritairement de jeunes majeurs, bien que la présence de quelques mineurs ne soit pas exclue. Le bilan humain est heureusement nul : « Pas de blessés, ni du côté des policiers, ni du côté des opposants », a précisé M. Miziniak. Sur le front des dégradations, les forces de l’ordre ont tenu bon. Aucun pillage n’a été enregistré à Pointe-à-Pitre. « Il y a eu des tentatives, des mouvements de jeunes qui ont cherché à provoquer, mais tout a été tenu, il ne s’est rien passé », a assuré le préfet.
L’ombre grandissante des armes à feu
Si le calme revient, les forces de l’ordre font face à une évolution préoccupante de la violence. Interrogé sur le sentiment des troupes sur le terrain, le patron de la police nationale n’a pas caché son inquiétude. « Ce n’est pas tant l’intensité des violences que la présence d’armes à feu, plus nombreuses, qui rendent la mission plus difficile pour nous », a-t-il averti. Un phénomène qui, selon lui, ne concerne pas seulement les mouvements sociaux actuels, mais aussi la lutte quotidienne contre la délinquance.
Face à cette dangerosité accrue, Philippe Miziniak soutient les appels des syndicats de police réclamant davantage de moyens matériels et humains. « En ces temps difficiles de crise sociale, un renfort ponctuel serait très utile. Nous y travaillons », a-t-il indiqué, tout en précisant qu’il ne fallait pas confondre l’organisation de temps de paix et la gestion de crise.
Le préfet inflexible sur le dialogue avec « Nou Las Palé »
Alors que plusieurs voix s’élèvent, y compris du côté des parlementaires, pour appeler à la désescalade et au dialogue, Thierry Devimeux maintient une ligne dure. Interrogé sur une éventuelle rencontre avec les représentants du collectif « Nou Las Palé », sa réponse est sans appel : « Je n’ai pas changé de positionnement, je n’ai pas de raison de rencontrer le collectif ».
Le préfet justifie cette position en minimisant la représentativité du mouvement. « C’est une agrégation de personnes et pas un mouvement de fond de la population. Les thématiques sont importantes, le collectif l’est moins », a-t-il tranché. Pour prouver que l’État ne reste pas inactif, il a tenu à rappeler les actions déjà engagées sur les sujets de fond. « Qu’il s’agisse de l’eau, des difficultés des entreprises du BTP avec la récente signature de la charte de la commande publique, des carburants, de la violence ou de la pauvreté, nous travaillons main dans la main avec les élus locaux. Ces solutions sont entre leurs mains et dans celles de l’État », a-t-il conclu.
Malgré la décrue des tensions, l’État ne compte pas relâcher l’effort. « Nous resterons présents tant qu’il y aura besoin. Il n’est pas question de baisser la garde », a promis Thierry Devimeux. L’objectif reste inchangé : garantir la liberté d’aller et venir, permettre aux Guadeloupéens de travailler et d’aller faire leurs courses normalement et empêcher tout blocage de l’île.

• Christophe VERGER
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