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Haïti : pas d’élections, pas de président, pas de sortie de crise

06 October 2026
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Le Conseil électoral provisoire a annoncé mardi 6 octobre le report sans date des élections générales et présidentielle, dont les deux tours étaient prévus les 13 décembre 2026 et 21 février 2027. Un énième revers pour un pays sans élections depuis 2016, gangrené par la violence et privé de président depuis l'assassinat de Jovenel Moïse en 2021.

Dans un communiqué publié ce mardi, le Conseil électoral provisoire (CEP) a annoncé le report des premières étapes du processus électoral. “La période initialement fixée pour le déroulement de la campagne électorale est reportée”, indique le texte, qui ne mentionne plus aucune date de scrutin. Le conseil précise que le calendrier électoral “sera rendu public dans les meilleurs délais” et qu'il sera actualisé pour tenir compte “des exigences techniques et opérationnelles du processus ainsi que des conditions nécessaires à la bonne conduite des différentes étapes”. Autrement dit, les élections générales et présidentielle sont reportées sine die. Une décision qui acte l'impossibilité, pour l'État haïtien, d'organiser un scrutin dans un pays où les gangs contrôlent une large partie du territoire.

Ce n'est pas la première fois que l'élection présidentielle est repoussée. Prévue initialement les 30 août et 6 décembre 2026, elle avait déjà été décalée aux 13 décembre 2026 et 21 février 2027. Ce nouveau report repousse encore un peu plus un processus électoral qui semblait pourtant engagé. L'État haïtien n'a plus connu d'élections depuis 2016. Son dernier président, Jovenel Moïse, a été assassiné en juillet 2021 dans sa résidence privée. Il n'a jamais été remplacé. Depuis, le pays est dirigé par un pouvoir de transition, dont la légitimité est contestée et dont l'autorité ne s'étend guère au-delà des murs de la capitale.

Un pays à genoux

Haïti, le plus pauvre des Amériques, subit depuis longtemps une crise politique, économique et sécuritaire. Mais la situation s'est largement détériorée ces dernières années. Les gangs multiplient les meurtres, les enlèvements, les viols et le recrutement d'enfants. Ils contrôlent aujourd'hui une grande partie de Port-au-Prince et étendent leur emprise au-delà de la capitale. Sur environ 11 millions d'habitants, près de 1,5 million sont déplacés à cause des violences, selon une estimation rendue publique en juin par l'Organisation internationale pour les migrations. Un chiffre qui souligne l'ampleur d'une crise humanitaire qui ne concerne plus seulement la capitale, mais l'ensemble du territoire.

Une force internationale en cours de constitution

Pour tenter de rétablir l'ordre, une Force de répression des gangs (FRG) soutenue par l'ONU est en cours de constitution. Elle doit à terme compter 5 500 policiers et militaires étrangers, chargés de prêter main-forte aux forces de police locales, dépassées par l'ampleur de la violence. Mais sa mise en place est lente, et son déploiement effectif reste incertain. En attendant, les Haïtiens continuent de payer le prix d'une crise sans fin. Le report des élections acte une réalité douloureuse : sans sécurité, il n'y a pas de démocratie possible. Et sans démocratie, il n'y a guère d'espoir de sortie de crise.