Marie-Hélène Jacoby-Koaly, une voix aux multiples registres s’est éteinte
Spécialiste des sciences de l’éducation, socioanthropologue, écrivaine, ancienne élue et chanteuse, Marie-Hélène Jacoby-Koaly est décédée le 29 septembre.
À la fin de notre entretien, il y a quelques années, elle avait lancé une invitation pour un concert qu’elle devait assurer avec ses musiciens. Ensemble, ils formaient le groupe Joyau Karibéen. Autrice-compositrice et interprète sous le nom de « AIM’H », Marie-Hélène Jacoby-Koaly était parvenue à transmettre autrement.
Le stylo et le micro
Marie-Hélène Jacoby-Koaly ne s’est pas laissée enfermer dans une seule case. Elle en cochait plusieurs : la docteure en sciences de l’éducation pouvait examiner les croyances, les superstitions qui accompagnent les élèves Guadeloupéens dans leur parcours scolaire, défendre la place du théâtre dans l’éducation, écrire un roman ou, micro en main, chanter de la biguine ou bien un boléro.
Penser l’école en Guadeloupe
Après l’obtention de son doctorat, Marie-Hélène Jacoby-Koaly a exercé en tant que maître formatrice, puis directrice d’école. Dans les salles de classe, son terrain d’étude, elle avait repéré, et analysé les représentations culturelles, les rapports sociaux qui traversent l’école guadeloupéenne. Son ouvrage phare, Le fonctionnement scolaire à l’épreuve du magico-religieux : la question du sens d’une réalité culturelle dans le contexte guadeloupéen, paru chez L’Harmattan en 2011, interrogeait la coexistence d’une culture scolaire et d’une « culture cachée » nourrie de croyances, de rites, et de pratiques magico-religieuses. Observatrice, elle tentait de comprendre ce que cela disait de la société guadeloupéenne. « C’est une façon de se sous-estimer que de compter sur des accessoires pour faire de soi une personnalité », estimait-elle. En dehors du cadre universitaire, la socioanthropologue intervenait aussi régulièrement sur les veillées mortuaires, ou encore la langue et même le rire. C’est la raison pour laquelle, elle pensait que le théâtre à l’école, et plus largement l’art pouvait aider les élèves guadeloupéens à se libérer d’une inhibition profondément installée et leur permettre de prendre la parole.
Des personnages aux personnalités politiques
Marie-Hélène Jacoby-Koaly avait aussi écrit des œuvres de fiction, une autre façon d’explorer les êtres, leurs contradictions et leurs trajectoires. Autrice de Grise, paru en 2013. Sa curiosité s’est illustrée dans d’autres domaines encore, des plus inattendus peut-être. Elle s’est engagée dans la vie publique aux Abymes, où elle avait exercé des responsabilités municipales. Candidate aux élections sénatoriales de 2017 sur la liste « L’engagement au service de tous », elle entendait participer aux affaires de la cité. Une voix plurielle s’est tue ; les réflexions qu’elle a commencées se poursuivent.
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