Air Antilles : Béatrice Bellay appelle l’État à faire de la mobilité un droit fondamental
Après la liquidation d'Air Antilles, prononcée lundi par le tribunal mixte de commerce de Pointe-à-Pitre, la députée martiniquaise Béatrice Bellay appelle l'État à assumer ses responsabilités.
La disparition d'Air Antilles marque un tournant pour les territoires ultramarins. Avec la cessation immédiate de l'activité de la compagnie, ce sont 116 salariés qui se retrouvent frappés de plein fouet. Mais au-delà de la dimension sociale, la décision du tribunal révèle une fragilité structurelle plus profonde : celle d'un modèle économique incapable, à lui seul, de garantir la continuité territoriale. Béatrice Bellay a d'abord tenu à saluer l'engagement des salariés, dont le travail quotidien permettait de maintenir un lien vital entre les îles. " Leur engagement faisait vivre une continuité territoriale déjà fragile ", rappelle-t-elle. Une réalité d'autant plus cruciale dans des territoires où l'avion n'est pas un simple moyen de transport, mais une condition d'accès aux soins, à l'emploi, à l'éducation et au maintien des liens familiaux.
L'échec d'une reprise pourtant structurée
Dans ce dossier, une alternative existait pourtant. Porté par l'entrepreneur guadeloupéen Pierre Sainte-Luce, le projet Air Kalinago constituait la seule offre de reprise industrielle complète. Soutenue par un pool d'investisseurs locaux, cette proposition prévoyait une enveloppe pouvant atteindre 10 millions d'euros et une relance progressive des liaisons entre Saint-Martin, Saint-Barthélemy et la Martinique. Béatrice Bellay avait d'ailleurs apporté son soutien à cette initiative, remettant personnellement une lettre d'appui à son porteur. Mais malgré son ancrage territorial et son ambition, le projet n'a pas convaincu le tribunal, en raison d'insuffisances financières et d'obstacles juridiques jugés insurmontables. Il ne prévoyait, en outre, que la reprise de 14 salariés sur 116, illustration saisissante des déséquilibres auxquels est confronté le transport aérien régional.
Une rupture d'égalité dénoncée
Pour la députée martiniquaise, cette liquidation dépasse le seul cadre d'une défaillance d'entreprise. Elle met en lumière les insuffisances persistantes des politiques publiques en faveur de la continuité territoriale outre-mer. " La mobilité aérienne n'est pas un marché comme un autre ", martèle-t-elle. Dans des territoires insulaires, elle relève d'un impératif d'égalité réelle. La disparition d'Air Antilles risque d'entraîner une baisse durable de l'offre, une réduction de la concurrence et, mécaniquement, une hausse des tarifs, dans un contexte déjà marqué par l'envolée des coûts du carburant aérien. Pour Béatrice Bellay, cette situation accentue une rupture d'égalité entre les citoyens. Si la continuité territoriale fait l'objet d'un soutien constant dans d'autres territoires insulaires, comme la Corse, pourquoi cette exigence serait-elle variable pour les outre-mer ? " La République ne peut pas être à géométrie variable ", insiste-t-elle.
L'appel à une stratégie publique ambitieuse
Ces dernières semaines, la députée avait déjà alerté le gouvernement sur cette question, interpellant successivement la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, puis le Premier ministre, Sébastien Lecornu. En vain. Aujourd'hui, elle appelle à un changement de doctrine. Pour elle, l'État doit sortir d'une logique d'urgence et bâtir une stratégie pérenne. Cela passe par la garantie immédiate des liaisons inter-îles, un encadrement des prix pour protéger les usagers, la reconnaissance de la desserte aérienne régionale comme service d'intérêt économique général, ainsi que la mise en place d'un modèle durable, financé et piloté à la hauteur des réalités ultramarines. Cet enjeu revêt une importance particulière au moment où la Martinique renforce son intégration régionale, notamment à travers son entrée dans la CARICOM. Une ambition qui ne pourra se concrétiser sans une connectivité aérienne fiable et accessible. Pour Béatrice Bellay, l'heure n'est plus aux demi-mesures. " La mobilité n'est pas un privilège. Elle est un droit. " Un droit qui, selon elle, doit désormais devenir l'un des piliers de l'égalité républicaine.

• TG
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