Antigua-et-Barbuda rêve de devenir la capitale caribéenne du tourisme du cannabis
Antigua-et-Barbuda veut désormais explorer un nouveau marché : le tourisme du cannabis. Soutenu par les autorités, ce projet entend associer traditions rastafaris, bien-être et développement économique.
À Antigua-et-Barbuda, les vacances pourraient bientôt prendre une nouvelle dimension. Connue pour ses plages de sable blanc, ses eaux turquoise et ses paysages tropicaux, cette destination des Caraïbes cherche à élargir son attractivité touristique. Son nouveau pari ? Faire du cannabis, dont certains usages sont légalement encadrés depuis 2018, un élément à part entière de son identité touristique. L’idée est de proposer aux visiteurs une expérience différente des séjours balnéaires traditionnels, en mettant en avant les dimensions médicinales, culturelles et spirituelles de la plante. Une orientation qui s’inscrit dans la volonté du pays de diversifier son économie, largement dépendante du tourisme.
Les traditions rastafaris au cœur du projet
Cette ambition trouve notamment un écho au sein de la communauté rastafari, pour laquelle le cannabis occupe une place importante dans certaines pratiques religieuses. Le grand prêtre Selah, de son vrai nom Conneal Christian, figure parmi les défenseurs de cette nouvelle orientation touristique. À la tête de l’ordre Nyabinghi sur l’île, il considère que l’archipel dispose de nombreux atouts pour développer une offre originale, à la croisée du patrimoine culturel et du tourisme de bien-être.
Le pays bénéficie notamment d’un climat favorable à la culture du cannabis et d’une tradition rastafari profondément ancrée dans son histoire. Deux éléments qui pourraient lui permettre de se différencier d’autres destinations touristiques. Cette perspective repose également sur une particularité juridique. Depuis l’adoption du Cannabis Act en 2018, les membres déclarés d’organisations religieuses rastafaris enregistrées peuvent cultiver du cannabis à des fins sacramentelles. La législation autorise aussi certains usages médicinaux et scientifiques, dans un cadre réglementé.
Le gouvernement affiche ses ambitions
Le projet ne se limite plus aux initiatives individuelles. Les autorités d’Antigua-et-Barbuda souhaitent désormais accompagner le développement de cette filière. Le 26 février 2026, le gouvernement a officiellement apporté son soutien à la troisième édition du festival national du cannabis. L’événement, organisé du 17 au 20 avril, devait notamment contribuer à attirer des investisseurs et à mieux informer le public sur les usages réglementés de la plante.
Pendant quatre jours, plusieurs manifestations ont été programmées à St. John’s et dans d’autres localités de l’île. Au programme : conférences, rencontres professionnelles, activités de bien-être et rassemblements spirituels rastafaris. Un partenariat entre le campus des Cinq Îles de l’Université des Antilles et l’Antigua and Barbuda Medicinal Cannabis Authority a également été annoncé, avec pour objectif de développer la recherche et l’éducation dans ce domaine. À travers ces initiatives, l’archipel entend progressivement structurer un secteur susceptible d’attirer une clientèle internationale.
Des milliards de dollars en jeu
Derrière cette nouvelle stratégie touristique se cache un marché aux perspectives financières considérables. Selon des estimations attribuées au cabinet Grand View Research, le tourisme lié au cannabis pourrait représenter jusqu’à 23,7 milliards de dollars à l’échelle mondiale d’ici 2030, soit près de 20 milliards d’euros. Pour un État d’environ 95 000 habitants, capter une partie de cette activité pourrait constituer un levier de croissance et de création d’emplois.
Toutefois, Antigua-et-Barbuda est encore loin de disposer d’une industrie touristique du cannabis pleinement développée. Selon les données communiquées, le pays compterait un peu plus de 5 000 patients enregistrés pour le cannabis médicinal et seulement deux dispensaires agréés. Autre limite importante : la législation actuelle ne permet pas aux touristes d’acheter et de consommer librement du cannabis à des fins récréatives. Les autorisations existantes concernent des usages précisément définis, notamment médicinaux et religieux.
Un pari audacieux dans une région encore divisée
Le développement du tourisme du cannabis pourrait également relancer les débats dans les autres territoires des Caraïbes. En Guadeloupe et en Martinique, où s’applique la législation française, le cannabis récréatif demeure interdit. Certains produits à base de CBD peuvent néanmoins être commercialisés, à condition de respecter les règles en vigueur, notamment la limite de 0,3 % de THC.
Antigua-et-Barbuda souhaite donc se démarquer en exploitant un secteur encore peu structuré à l’échelle régionale. Mais pour transformer cette ambition en succès, l’archipel devra trouver un équilibre entre attractivité touristique, développement économique, respect des traditions et encadrement sanitaire. Le pays possède déjà les plages et le soleil. Il lui reste désormais à démontrer que le cannabis peut devenir un véritable moteur touristique, au-delà de l’effet de curiosité.
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