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George Tarer s’en est allée à 104 ans : la Guadeloupe perd une « mère de cœur »

25 April 2026
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La Guadeloupe vient de perdre l’une de ses figures les plus marquantes. George Tarer, ancienne sage-femme, adjointe au maire de Pointe-à-Pitre et militante féministe de la première heure, s’est éteinte à l'âge de 104 ans.

Née George Tacite en 1921 à Morne-à-l’Eau dans une famille politiquement engagée, elle aurait pu devenir institutrice. Mais la guerre et le « tan sorin » en décident autrement. En 1944, elle sort major de sa promotion de sage-femme d’une école éphémère de Pointe-à-Pitre. Pendant 37 ans, elle exerce à Marie-Galante, à l’hôpital général Ricou, puis au CHU où elle termine surveillante générale. Visionnaire, elle met en place les premiers protocoles de suivi des femmes enceintes et œuvre au Planning familial. Au chevet des mères, elle découvre leurs souffrances, physiques, mais aussi conjugales et familiales. Une révélation qui va guider le reste de son engagement.

George Tarer ne s’est jamais contentée de son métier. Militante féministe, elle fait entendre sa voix dans l’arène politique, à une époque où les femmes en Guadeloupe peinent à exister dans ce milieu. Adjointe au maire de Pointe-à-Pitre, elle s’engage aux côtés d’Henri Bangou, partageant ses valeurs humanistes et son sens aigu de la justice. Sa préoccupation principale : le sort fait aux femmes. En un siècle de vie, elle voit la Guadeloupe changer. Mais elle ne baisse jamais les bras. Il y a encore quelques années, cette femme de combat répondait à de nombreuses sollicitations, toujours active, toujours présente.

Mère de sept enfants, épouse aimante, femme de combat

George Tarer a eu sept enfants avec son mari Pierre Tarer. Un couple qui s’est accompagné 63 ans durant. Un équilibre rare entre vie familiale, carrière professionnelle et engagement politique. Elle n’a jamais eu à choisir. Elle a tout vécu, tout embrassé, tout donné. Jusqu’au bout, elle est restée cette « battante » que ses proches décrivent. Celle que la misère n’a jamais fait reculer. Celle qui a vu la Guadeloupe évoluer sans jamais cesser de croire qu’il restait des combats à mener.

Dans un communiqué publié ce samedi, Éric Jalton, maire des Abymes, lui rend un vibrant hommage. « Le poids des mots, la force de l’action au cœur du combat pour le droit des femmes et des enfants de Guadeloupe furent le sceau de sa lumineuse singularité », écrit-il. « La Guadeloupe perd l’une de ses plus précieuses mères de cœur, dont le travail, le dévouement et l’intelligence graveront à jamais les avancées sociales du pays ».

Le maire de Pointe-à-Pitre, Harry Durimel, rend un vibrant hommage à celle qu’il qualifie de « figure majeure de son histoire, une femme d’exception dont le parcours force le respect et l’admiration ». « À titre personnel, j’éprouvais une profonde admiration pour Madame George Tarer, qui aimait à me rappeler régulièrement nos origines mornaliennes communes. J’avais eu l’honneur de la rencontrer, entouré d’élus, à l’occasion de ses 101 ans, un moment marquant révélateur de sa lucidité et de sa détermination ». « Avec sa disparition, c’est une mémoire vivante, une véritable bibliothèque de savoirs, d’expériences et d’engagement qui s’éteint. Pointe-à-Pitre et, au-delà, toute la Guadeloupe n’oublieront jamais Madame George Tarer ».

George Tarer s’en est allée. Mais les protocoles qu’elle a mis en place, les femmes qu’elle a aidées à accoucher, les droits qu’elle a défendus, les vocations qu’elle a inspirées, tout cela demeure. La Guadeloupe perd aujourd’hui l’une de ses plus grandes figures. Une femme libre, engagée, généreuse. Une « mère de cœur ». Une battante.