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Réparations pour l’esclavage : l’Afrique et les Caraïbes adoptent une stratégie commune

21 June 2026
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Par Jacques VILUS

La Première ministre de la Barbade Mia Amor Mottley (à droite) et Le président ghanéen John Dramani Mahama (à gauche) arrivant au château d’Osu à Accra pour une cérémonie commémorant l’abolition de l’esclavage, le 19 juin 2026.
La Première ministre de la Barbade Mia Amor Mottley (à droite) et Le président ghanéen John Dramani Mahama (à gauche) arrivant au château d’Osu à Accra pour une cérémonie commémorant l’abolition de l’esclavage, le 19 juin 2026. • PAR AP/REUBEN EKOW QUANSAH/RFI

À l’issue d’un sommet achevé à Accra, au Ghana, la « Conférence des prochaines étapes sur la justice réparatrice » le 19 juin 2026, les dirigeants de l’Union africaine et de la Caricom ont formalisé une feuille de route exigeant des anciennes puissances coloniales une série d’actions concrètes, allant de l’annulation de la dette à la justice climatique.

C’est une convergence diplomatique qui structure de manière inédite les revendications liées à la traite transatlantique. Le 19 juin 2026, les chefs d’État africains et caribéens ont entériné un document cadre en 19 points, unifiant des décennies d’efforts disparates. L’enjeu de cette alliance est d’imposer un rapport de force international face aux nations occidentales qui ont bâti une part de leur puissance économique sur la déportation et l’asservissement de 12,5 millions de personnes. Portée par des figures politiques majeures telles que la Première ministre de la Barbade, Mia Amor Mottley, et le président du Ghana, John Dramani Mahama, la démarche sort la question des réparations de la stricte arène symbolique pour l’inscrire dans une logique d’exigences structurelles.

Au-delà de l’indemnisation, un plan de justice globale

Le cadre adopté ce week-end balaie l’idée d’une simple compensation monétaire individuelle. L’axe stratégique afro-caribéen articule des demandes précises ciblant les asymétries économiques contemporaines. Le plan exige des excuses officielles des États concernés, condition préalable à toute démarche de réconciliation, mais impose surtout la mise en place d’un fonds mondial de réparations. Plus significatif encore, le texte lie le passé colonial aux crises actuelles. Les dirigeants réclament un allégement massif de la dette publique des pays du Sud, la restitution systématique du patrimoine culturel pillé, et des engagements fermes en matière de justice climatique. Cette structuration des revendications capitalise sur un levier juridique récent. En mars 2026, une résolution des Nations unies a officiellement qualifié la traite transatlantique de « crime contre l’humanité le plus grave ». Une reconnaissance lexicale et juridique que les défenseurs du texte comptent utiliser pour contraindre les États à assumer leurs responsabilités politiques.

L’attentisme calculé des chancelleries occidentales

Si l’élan est acté au Sud, la réception au Nord reste fragmentée et prudente. Le président français Emmanuel Macron a récemment entrouvert la porte à la discussion, soulignant que la réparation devait s’envisager au-delà du seul prisme financier, un positionnement qui laisse la place à un débat sur la mémoire et la responsabilité collective. De son côté, l’Union européenne a concédé un accord de principe pour maintenir le dialogue ouvert. Washington oppose pour l’instant un silence complet à cette nouvelle offensive diplomatique.

Le cadre adopté le 19 juin n’ayant pas de valeur juridique contraignante, l’obstacle majeur des partisans de ce texte reste d’ordre légal et politique. L’objectif des prochaines années consistera à transformer cette déclaration d’intention transcontinentale en actes diplomatiques engageants, face à des gouvernements occidentaux qui redoutent la création d’une jurisprudence historique.