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Suspicions d’amiante : Enquêtes judiciaires et administratives concernant les tonnes de gravats ayant servi aux barrages

16 October 2026
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Suspicions de présence d’amiante

Par Richard GARNIER 

Mercredi et jeudi 14 et 15 octobre principalement, des camions-bennes ont déversé des tonnes de tuf et de gravats de chantier sur les routes, paralysant la zone économique de Jarry, notamment à la Voie Verte (notre photo).
Mercredi et jeudi 14 et 15 octobre principalement, des camions-bennes ont déversé des tonnes de tuf et de gravats de chantier sur les routes, paralysant la zone économique de Jarry, notamment à la Voie Verte (notre photo). • IMAGE D'ILLUSTRATION/JEAN JACOB ALEXIS

Les suites judiciaires et administratives du déversement de gravats suspects sur les barrages routiers de Jarry mobilisent les autorités en Guadeloupe. Le préfet, Thierry Devimeux, a dénoncé la « présence présumée de déchets amiantés dans les matériaux utilisés lors de la mobilisation du collectif Nou Las Palé », évoquant un risque pour la santé publique et la possibilité de poursuites pénales.

Les investigations administratives et judiciaires concernent notamment l’entrepreneur du BTP José Gaddarkhan, membre du collectif Nou Las Palé. Mercredi et jeudi 14 et 15 octobre principalement, des camions-bennes ont déversé des tonnes de tufs et de gravats de chantier sur les routes, paralysant la zone économique de Jarry ainsi que plusieurs axes stratégiques de l’archipel. Selon le préfet Thierry Devimeux, ces matériaux contiendraient de l’amiante. L’État entend déterminer leur provenance et établir les responsabilités des éventuels donneurs d’ordre. La démolition d’un édifice constituerait la provenance de ces tonnes de gravats. Du fait de la présence suspectée d’amiante, les investigations portent notamment sur les risques encourus par les automobilistes, les forces de l’ordre et les agents mobilisés pour le déblaiement, dans le cadre de possibles infractions liées à la mise en danger d’autrui et à l’atteinte à la santé publique.

Démenti du collectif

Le collectif « Nou Las Palé » et les personnes proches du mouvement rejettent fermement les accusations. De son côté, José Gaddarkhan fait valoir que, si la présence d’amiante était avérée, ses propres salariés auraient également pu être exposés lors de précédentes opérations de démolition, soulevant ainsi la question des conditions de gestion des chantiers concernés. Parallèlement, l’État soupçonne l’entrepreneur de profiter de la mobilisation contre la vie chère et du malaise social pour défendre ses intérêts, notamment dans un contexte de difficultés financières et de créances auprès des collectivités. Cette affaire provoque également des tensions dans les milieux patronaux. Frédéric Carré, président national de la Fédération française du bâtiment (FFB), lui a adressé un courrier ferme lui demandant de mettre fin aux blocages, considérés comme une grave menace pour la santé publique en raison de la présence présumée de déchets amiantés, ou de quitter ses fonctions de président régional. Le groupement « Guadeloupe Économique », qui rassemble notamment le MEDEF et la Chambre de commerce et d’industrie (CCI), réclame lui aussi la levée immédiate des barrages et dénonce des méthodes préjudiciables à l’économie locale.

Un passif judiciaire qui pèse dans la balance

Les investigations actuelles interviennent alors que les entreprises de José Gaddarkhan font déjà l’objet d’une surveillance administrative. La direction de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DEAL) et le parquet ont, par le passé, engagé des démarches juridiques visant certaines de ses structures, notamment dans des dossiers d’infractions environnementales liés à l’exploitation d’installations polluantes à Sainte-Rose. Ce précédent conduit désormais les services de l’État à examiner attentivement l’origine des matériaux issus des chantiers en cours et les circuits d’évacuation des déchets susceptibles d’avoir été utilisés pour ériger les barrages.