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Vidéos intimes diffusées sans son consentement : Yu Meï raconte le choc

05 October 2026
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Victime de la diffusion sans son consentement de plusieurs vidéos intimes, Yu Meï a choisi de ne pas se cacher. La chanteuse de bouyon de 29 ans raconte le choc de la découverte, les messages reçus dans les heures qui ont suivi et les conséquences sur sa vie personnelle. Elle revient également sur la question du consentement, sa décision de saisir la justice et son refus de laisser cette affaire définir la femme et l'artiste qu'elle est.

⁠Quand on t'a prévenue que des vidéos intimes de toi étaient diffusées sur ces groupes, quelle a été ta réaction ?

Il était 4 heures du matin. Je ne dormais pas, je ne sais pas pourquoi… comme un mauvais pressentiment. Un ami m'a contactée. J'ai lu son message, puis je l'ai relu. Je sentais mon cœur battre à la chamade. Je lui ai demandé toutes les informations qu'il avait. J'ai dit “OK”, j'ai posé mon téléphone et j'ai essayé de travailler ma respiration. “Putain, putain, putain…”. Je crois que je n'ai pas arrêté de répéter ça. J'ai immédiatement commencé à faire le récapitulatif dans ma tête et à réfléchir à la suite. Comment gérer ça ? Comment gérer la crise ? Qu'est-ce que je dois faire maintenant ? Je ne crois pas avoir dormi cette nuit-là. Et ça, ce n'était que la première vidéo. Plus tard dans la journée, j'ai appris que deux autres vidéos circulaient. Là, j'ai eu l'impression que le ciel me tombait une deuxième fois sur la tête.

Malgré tout, j'ai cette faculté, dans les situations difficiles, de rester focus et de garder mon sang-froid. Alors je suis passée en mode gestion : comprendre ce qui était en train de se passer, savoir jusqu'où ça avait été diffusé, récupérer les informations que je pouvais et réfléchir à ce que je devais faire maintenant. Mais garder son sang-froid ne veut pas dire que ça ne fait rien. Intérieurement, c'est extrêmement violent.

Une fois que ces vidéos ont été dévoilées, y a-t-il eu un impact sur ta vie de tous les jours ?

Évidemment. D'un coup, quelque chose qui relevait de mon intimité ne m'appartenait plus complètement. Mon intimité devenait publique. Mon corps devenait public. Et ça, c'est d'une violence et d'une humiliation énormes. Mais au-delà de l'humiliation, il y a quelque chose d'encore plus difficile à expliquer : ça donne le sentiment d'être déshumanisée. À partir du moment où cette vidéo circule de téléphone en téléphone, tu as l'impression de ne plus être considérée comme une personne. Tu deviens une vidéo. Un corps. Un sujet de conversation. Un truc qu'on regarde, qu'on montre et qu'on transfère. D'un coup, des gens font ce qu'ils veulent de ton image sans jamais te demander ton avis. Comme si ton consentement, tes émotions et ta dignité n'existaient plus.

Et moi, derrière tout ça, je suis où ? Je suis un être humain. Ce n'est pas parce que vous avez accès à une image de mon intimité que vous avez accès à moi. Ce n'est pas parce que vous avez mon corps sur votre écran que mon corps vous appartient. Et évidemment, il y a toutes les répercussions digitales qui arrivent derrière. Je reçois des messages plus que déplacés, des commentaires hostiles, des sollicitations sexuelles, parfois même des vidéos dérangeantes que certaines personnes se permettent de m'envoyer. C'est comme si le fait d'avoir vu mon intimité donnait soudainement à certains le sentiment d'avoir un droit d'accès supplémentaire à moi. Comme si toutes les limites avaient disparu. Il y a donc la diffusion initiale, puis tout ce qu'elle provoque : les messages, les commentaires, les moqueries, l'hostilité, les comportements sexuels déplacés… C'est un effet boule de neige. Une personne franchit une limite et, derrière, d'autres commencent à s'autoriser à en franchir de nouvelles. Et dans ma vie personnelle, il a également fallu réagir.

J'ai la chance d'être entourée de personnes remarquablement compréhensives, qui m'ont soutenue et qui ont eu les bons mots au bon moment. J'ai notamment dû prévenir moi-même mes parents. Je savais que certaines personnes allaient se tourner vers eux pour leur apprendre la nouvelle, de façon bienveillante… et parfois surtout malveillante. J'ai également dû anticiper les conséquences auprès de mes proches et dans ma vie professionnelle. Et finalement, les personnes qui comptent pour moi m'ont soutenue. C'est aussi ce qui m'a permis de me rappeler quelque chose d'essentiel : je ne suis pas celle qui a diffusé ces vidéos. Je n'ai pas consenti à leur diffusion. Je ne suis donc pas celle qui doit avoir honte.

Mais évidemment que ça laisse un goût amer. Ça atteint profondément la confiance que l'on peut accorder aux autres. On peut devenir anxieuse, inconfortable. Ça donne parfois envie de rester dans son lit, de ne voir personne et de ne plus affronter le regard des autres. Quand quelqu'un avec qui tu as partagé une relation amoureuse et intime, quelqu'un à qui tu as accordé ta confiance, est associé à une situation pareille, oui, tu remets énormément de choses en question. Mais j'en ai décidé autrement. Je ne vais pas laisser cette situation dicter la suite de ma vie. Je vais continuer à sortir, à travailler, à créer, à avancer et à vivre.

As-tu engagé des poursuites contre le ou les créateurs du groupe où ces vidéos ont été partagées ? Et contre la personne qui était en possession de tes vidéos avant leur partage ?

Oui, oui et oui. Je ne compte rien laisser passer. Ces vidéos ont été diffusées contre ma volonté. Il était donc vital pour moi de signaler les faits et de les porter à la connaissance des autorités compétentes. Je connais évidemment la personne avec laquelle ces vidéos ont été réalisées et qui était en leur possession. Je connais mon histoire et je sais dans quel contexte ces images ont été faites. Concernant maintenant l'origine exacte de leur diffusion et la responsabilité de chacun, c'est à l'enquête de l'établir. Et justement, je souhaite que toute la chaîne soit examinée : l'origine de la diffusion, la manière dont mes vidéos se sont retrouvées dans ces groupes, mais également les relais et les partages qui ont suivi.

Parce que j'aimerais rappeler quelque chose que beaucoup semblent oublier : la responsabilité ne s'arrête pas nécessairement à la première personne qui appuie sur “envoyer”. Recevoir ma vidéo ne vous donne aucun droit dessus. La recevoir ne vous autorise pas à la montrer. La recevoir ne vous autorise pas à la transférer. Et la recevoir ne signifie certainement pas que j'ai consenti à ce que vous participiez à sa diffusion. La diffusion d'un contenu sexuel à un tiers sans l'accord de la personne concernée peut avoir des conséquences pénales. Donc le “je l'ai juste transférée” ne rend pas le geste anodin. Je veux que chaque personne qui possède ce genre de contenu dans son téléphone en ait conscience. Vous n'êtes plus simplement spectateur à partir du moment où vous décidez de participer à sa propagation. Et je veux également être extrêmement claire pour l'avenir. Si quelqu'un décide de ressortir ces vidéos pour essayer de m'atteindre, de m'humilier, de rendre mon chemin plus tortueux, de nuire à ma vie personnelle ou professionnelle, ou simplement de “jouer” avec ces vidéos contre moi, je ne laisserai rien passer.

Je ne serai aucunement indulgente. Quant à la personne qui était en possession de ces vidéos, elle se reconnaîtra. Si elle estime aujourd'hui avoir commis une erreur, si elle a quelque chose à expliquer, à reconnaître, à réparer ou des informations à communiquer, peut-être devrait-elle saisir l'occasion de le faire et de coopérer avec les autorités compétentes. Il y a des moments où l'on peut encore décider de prendre ses responsabilités. Parce que moi, je ne vais pas réparer les conséquences des choix des autres. Moi, j'ai choisi d'agir. Et puis cette histoire m'a fait découvrir quelque chose qui dépasse largement mon propre cas. Des groupes et des canaux dédiés au partage de contenus pornographiques antillais… c'est une dinguerie. Trop de choses sont banalisées. Des personnes sont même prêtes à payer pour accéder à certains canaux où circulent ce type de contenus. Genre… réveillez-vous. À quel moment est-ce devenu normal de payer pour avoir accès à l'intimité d'autres personnes sans même se demander si elles ont consenti à ce que leurs images soient là ? On reçoit. On regarde. On transfère. Quelqu'un d'autre transfère à son tour. Parfois, tout un système finit par se créer autour de ça.

À force, derrière le fichier, on oublie presque qu'il y a un être humain. Et ce qui m'a encore plus choquée, c'est de découvrir que des contenus impliquant des mineurs circulaient également dans cet environnement. Là, on comprend que le problème va bien au-delà de mon histoire. On ne peut pas banaliser ça. Le simple fait qu'un contenu soit accessible dans un groupe ou sur un canal ne signifie absolument pas que la personne qui apparaît dessus a consenti à sa diffusion. Voir une vidéo ne vous donne aucun droit sur la personne qui est dedans. Payer pour accéder à un canal ne vous en donne pas davantage. Et j'invite vraiment toutes les personnes victimes de faits similaires à ne pas rester silencieuses par peur ou par honte. Conservez les preuves. Rapprochez-vous des autorités compétentes. Faites valoir vos droits. Vous n'avez pas à protéger ceux qui n'ont pas protégé votre intimité.

Dans ce genre de situation, beaucoup disent que les filles/femmes ne devraient simplement pas envoyer de photos ou vidéos intimes, alors que ce serait aux hommes de ne pas partager ces fichiers. Qu'en penses-tu ?

J'ai fait confiance à quelqu'un avec qui j'étais en couple. Ces vidéos ont été réalisées dans un contexte intime précis. Accepter l'existence d'une vidéo intime ne signifie absolument pas accepter qu'elle soit montrée ou diffusée. Et je pense que c'est là que se trouve le cœur du problème : le consentement. Mon consentement à être filmée dans un contexte intime n'est pas un consentement à être exposée au regard de centaines ou de milliers de personnes. Ce n'est pas de ma faute si quelqu'un décide ensuite d'agir mal. Je refuse cette idée selon laquelle j'aurais “donné le bâton pour me faire battre”. Non. Faire confiance à quelqu'un n'est pas lui donner l'autorisation de vous trahir.

Beaucoup de personnes filment leurs rapports ou envoient des contenus intimes à leur partenaire. Pourtant, heureusement, tous les partenaires ne décident pas ensuite de les diffuser. Pourquoi ? Parce qu'ils respectent la personne avec laquelle ils ont partagé cette intimité. La différence est là : dans le respect du consentement, de l'intimité et de la confiance qui a été donnée. Et cette façon de renverser la responsabilité sur la victime, on la retrouve malheureusement dans énormément de situations : les violences sexuelles, les abus, le cyberharcèlement… On demande : “Pourquoi elle a fait cette vidéo ?” Moi, j'ai envie de retourner la question : Pourquoi quelqu'un a-t-il décidé de diffuser une vidéo qui n'était pas destinée à être publique ? Pourquoi celui qui reçoit cette vidéo décide-t-il ensuite de la transférer ? Pourquoi considère-t-on encore que la sexualité de la victime serait plus honteuse que le fait de bafouer son intimité et son consentement ? Je ne vais pas avoir honte d'avoir eu une intimité. Je ne vais pas avoir honte d'avoir fait confiance à quelqu'un. Et je ne vais certainement pas vivre cachée parce qu'une autre personne a décidé de mal agir.

Il faut apprendre à respecter le consentement, l'intimité et la volonté des autres. Le cyberharcèlement est une réalité. Et derrière un écran, derrière un nom dans un groupe, derrière une photo ou une vidéo que l'on transfère en quelques secondes, il y a une vraie personne. Une personne qui a une famille. Un travail. Des projets. Une vie. Une dignité. Et cette personne doit ensuite vivre avec les conséquences d'un clic que quelqu'un d'autre a parfois fait sans même réfléchir. Moi, j'ai décidé que je continuerais à vivre. Je vais continuer à parler, à agir, à faire valoir mes droits et surtout à avancer. Cette histoire fait désormais partie de mon parcours, mais elle ne définira ni qui je suis, ni la femme que je suis, ni ce que je suis capable d'accomplir. Je marcherai la tête haute. Et surtout, je n'aurai pas honte à la place de ceux qui devraient se remettre en question. Personne ne prendra ma lumière, je vous le dis.

« La victime devra également déposer plainte pour violation du droit à son image »

Me Jeanne-Hortense Louis, s’exprime sur le partage de photos et vidéos intimes : "La publication et le partage de photos et vidéos intimes d’une personne sans son accord est une violation du droit à l’image qui est lui-même une prérogative du droit au respect de la vie privée. Il s’agit d’un délit punit d’un an d’emprisonnement et de 12 000 euros d’amende. La victime pourra également solliciter des dommages et intérêts.

Ce délit est constitué dès que la personne est reconnaissable et que son image a été captée dans un lieu public ou privé, sans son consentement. La personne victime d’une atteinte à son droit à l’image doit en demander le retrait à l’auteur ou au support de diffusion, en cas d’inaction la demande pourra être demandée en justice. La victime devra également déposer plainte pour violation du droit à son image".

Me Jeanne-Hortense Louis, avocate s’exprime sur la publication et le partage de photos et vidéos intimes.
Me Jeanne-Hortense Louis, avocate s’exprime sur la publication et le partage de photos et vidéos intimes.
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