Haïti : 525 tonnes d’équipements militaires acheminées pour armer la lutte anti-gangs
C’est une opération logistique d’envergure qui s’est jouée ce dimanche 1er novembre. Depuis le port de Haina, en République dominicaine, un convoi de 525 tonnes de matériel militaire onusien a mis le cap sur Haïti. Ce chargement doit renforcer une force internationale qui peine encore à enrayer la spirale de violence dans laquelle est plongé le pays.
L’information a été confirmée par le ministère dominicain des Affaires étrangères. Le chargement, composé de conteneurs, de véhicules et de divers équipements militaires, doit permettre de doper les capacités opérationnelles de la mission chargée de combattre les gangs armés en Haïti. Cette livraison, fruit d’une coopération internationale où le Bangladesh fournit le matériel et l’Allemagne le financement, a été rendue possible grâce à la mise à disposition du port dominicain. Une facilitation logistique saluée par la secrétaire générale adjointe de l’ONU, Daniela Kroslak, qui a tenu à remercier les autorités de Saint-Domingue.
Si l’arrivée de ces 525 tonnes de matériel constitue une bouffée d’oxygène, le défi reste immense sur le terrain. Haïti s’enfonce dans une crise sécuritaire sans précédent, marquée par des violences extrêmes : enlèvements, assassinats, viols et recrutement d’enfants par les gangs. Pour contrer cette déferlante, le Conseil de sécurité de l’ONU avait autorisé en 2025 le déploiement d’une Force de répression des gangs. Mais l’objectif initial, mobiliser 5 500 militaires et 50 civils, se heurte à la frilosité des pays contributeurs, rendant le déploiement laborieux. En septembre dernier, l’ONU a d’ailleurs dû prolonger le mandat de la mission de six mois face à l’urgence. Le Salvador a bien envoyé 2 000 soldats, mais cette décision fait suite à l’enlèvement de quatre de ses propres militaires engagés sur le terrain, illustrant la dangerosité de la mission.
Le paradoxe d’une frontière sous haute tension
Cette coopération logistique intervient dans un contexte diplomatique pour le moins paradoxal. Car si la République dominicaine sert de hub humanitaire et militaire pour l’ONU, les relations entre les deux pays qui se partagent l’île d’Hispaniola restent glacées. Le président dominicain Luis Abinader a fait de la fermeté migratoire son cheval de bataille, ordonnant notamment la construction d’un mur de 380 kilomètres le long de la frontière pour freiner l’immigration haïtienne. Un contraste saisissant : alors que les portes maritimes s’ouvrent pour laisser passer les armes de la communauté internationale, la frontière terrestre, elle, se referme à double tour.
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