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CARICOM : la libre circulation bloque sur la taille des îles

06 October 2026
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L’ancien Premier ministre de Saint-Vincent et le ministre barbadien des Affaires étrangères ont détaillé, vendredi dernier à la Barbade, ce qui freine la libre circulation des travailleurs dans la Caraïbe. Au cœur du problème : la crainte des plus petits États d’être submergés par leurs voisins.

Ralph Gonsalves a dirigé le gouvernement de Saint-Vincent-et-les-Grenadines de mars 2001 à novembre 2025, avant d’être battu aux élections. Il est aujourd’hui chef de l’opposition. Vendredi 2 octobre, il se prononçait lors de la 5e conférence à la mémoire d’Owen S. Arthur, Premier ministre de la Barbade de 1994 à 2008, mort en 2020 et resté une référence de l’intégration caribéenne. L’événement se tenait à l’université des West Indies, sur le campus de Cave Hill, à la Barbade. Pour l’ancien chef de gouvernement, vivre sur une petite île installe une tension permanente que les Anglo-Saxons appellent l'« islandness », l’insularité au sens psychologique du terme. On y défend son territoire avec d’autant plus de vigueur qu’il est petit, tout en sachant qu’on ne peut pas prospérer sans ses voisins. Cette ambivalence explique, selon lui, pourquoi les gouvernements hésitent à relâcher le contrôle de leurs frontières.

Antigua-et-Barbuda, la peur d’être « submergé »

Avec environ 100 000 habitants, Antigua-et-Barbuda a officiellement demandé à ne pas appliquer pleinement la libre circulation des travailleurs, au nom des pressions démographiques qu’elle subit. Ralph Gonsalves y voit l’illustration parfaite de la crainte des micro-États : près de la moitié des électeurs du pays et plus d’un tiers de ses policiers viennent déjà d’autres territoires caribéens. Face à ce constat, les responsables locaux redoutent de voir leur population dépassée par celle de membres bien plus grands de la CARICOM, comme la Jamaïque, qui compte 3 millions d’habitants, ou Trinidad-et-Tobago, qui en compte 1,3 million.

Les textes existent, les guichets coincent

Sur le papier, les outils sont là. Le certificat de qualification CARICOM doit permettre aux travailleurs qualifiés de s’installer et d’exercer dans un autre pays membre. Dans la réalité, il se heurte à des agents des frontières et à des fonctionnaires qui appliquent encore d’anciens réflexes plutôt que la politique décidée au niveau régional. Plusieurs pays d’accueil ajoutent même des obligations : un second certificat local, ou la preuve d’un emploi préalable avant de délivrer les papiers. Ralph Gonsalves raconte qu’à Saint-Vincent, quand il était aux commandes, il signait lui-même chaque certificat, un par un, pour s’assurer qu’ils soient reconnus aux frontières.

La vraie facture : écoles, hôpitaux, logements

Kerrie Symmonds, ministre des Affaires étrangères et du Commerce extérieur de la Barbade, a rappelé que la libre circulation ne se limite pas au droit de travailler. Elle suppose aussi des droits dits « contingents » : le conjoint et les enfants du travailleur doivent pouvoir se faire soigner, se loger et être scolarisés. Pour des États aux finances serrées, l’arrivée soudaine de familles entières met les services publics sous pression. Les deux responsables estiment que l’outil censé corriger ces déséquilibres, le Fonds de développement de la CARICOM (CDF), manque de moyens. Sans financement suffisant, les pays les plus petits et les moins développés ne peuvent pas renforcer leurs services ni étoffer leurs administrations pour accueillir ces nouveaux venus.

Voyager coûte trop cher

Même avec les papiers en règle, il faut encore pouvoir se déplacer. Les billets d’avion entre les îles restent trop chers pour des trajets réguliers, et les liaisons maritimes, qu’il s’agisse de passagers ou de marchandises, sont jugées insuffisamment développées pour des déplacements quotidiens ou du commerce courant.

Moins de naissances, un boom pétrolier

Le contexte économique et démographique complique encore l’équation. La fécondité moyenne dans la région est tombée à 1,5 enfant par femme, bien en dessous du seuil de 2,1 nécessaire pour renouveler la population, ce qui annonce des pénuries de main-d’œuvre à long terme. À cela s’ajoute l’effet du boom pétrolier du Guyana. Des pays qui exportaient auparavant leurs travailleurs sont devenus de vastes chantiers de construction qui absorbent leur propre main-d’œuvre. Il en reste donc moins pour l’agriculture et les services publics des autres îles.

Avancer à plusieurs vitesses

Pour ne pas figer le processus, Ralph Gonsalves défend une « géométrie variable » de l’intégration : ceux qui sont prêts avancent, les autres suivront. Quatre États l’ont déjà fait. La Barbade, Saint-Vincent-et-les-Grenadines, la Dominique et le Belize appliquent la libre circulation complète pour leurs ressortissants depuis le 1er octobre 2025.