Deux chercheurs néerlandais alertent quant aux limites du statut actuel d’autonomie d’Aruba, de Curaçao et de Sint-Maarten
Seize ans après la dissolution des Antilles néerlandaises, Curaçao et Sint-Maarten peinent à assumer toutes les charges d'un État moderne, un défi que partage également Aruba. Des chercheurs plaident pour un retour de certaines compétences au niveau du Royaume des Pays-Bas.
C'est le constat sévère dressé par Wouter Veenendaal, spécialiste des relations au sein du Royaume des Pays-bas, et le chercheur en administration publique Oberon Nauta. Dans une tribune publiée à l'occasion du seizième anniversaire du "10-10-10" [date historique du 10 octobre 2010 qui a entériné la dissolution définitive des Antilles néerlandaises et l'accession de ces territoires à l'autonomie, sauf Aruba qui a acquis ce statut dès 1986], ils soulignent l'inadéquation entre les exigences d'un État autonome et la réalité démographique et financière de ces îles.
Le mirage de l'autonomie totale
Depuis que Curaçao et Sint-Maarten sont devenus autonomes le 10 octobre 2010 (rejoignant ainsi Aruba, qui possède ce statut depuis 1986), ces territoires doivent gérer seuls la quasi-totalité de leurs politiques publiques. Or, les chercheurs comparent cet effort à celui d'une ville moyenne néerlandaise, comme Zwolle, à qui l'on demanderait de gérer non seulement sa voirie, mais aussi un système complet de santé, la justice, la collecte des impôts et la surveillance des frontières. Une mission intenable sur la durée sans le soutien d'une entité plus vaste. Dans les faits, les Pays-Bas interviennent déjà, mais souvent à géométrie variable. La Haye impose son contrôle financier ou déploie des organismes de surveillance lorsque la stabilité économique, l'intégrité ou les intérêts néerlandais sont menacés. À l'inverse, face aux urgences liées à la santé, à l'éducation ou à la gestion des déchets, La Haye renvoie régulièrement les gouvernements locaux à leurs propres responsabilités.
L'autonomie comme excuse
Ce flou institutionnel profite aux deux parties, estiment Veenendaal et Nauta. Les exécutifs caribéens agitent l'étendard de l'ingérence pour rejeter l'aide de La Haye, même face à des crises insolubles localement. De son côté, le gouvernement néerlandais s'abrite derrière le principe d'autonomie pour justifier son inaction sur les questions sociales. Au final, ce sont les populations de ces territoires qui trinquent, subissant une éducation à la traîne, une couverture de santé fragile et un cadre de vie dégradé. Les auteurs estiment que la garantie des droits fondamentaux doit désormais primer sur le respect strict, mais dysfonctionnel, du découpage institutionnel.
Rééquilibrer la balance démocratique
La solution avancée ? Transférer à nouveau certaines compétences lourdes au niveau du Royaume des Pays-Bas. Toutefois, cette recentralisation partielle n'est acceptable qu'à une seule condition : offrir aux territoires ultramarins néerlandais une véritable voix au chapitre. Actuellement, le Conseil des ministres du Royaume est dominé par La Haye, et les citoyens d'Aruba, de Curaçao et de Sint-Maarten ne sont pas représentés au Parlement néerlandais. Sans une refonte démocratique instaurant une représentation parlementaire forte pour les îles et un mécanisme de règlement des litiges équitable, recentraliser même partiellement les compétences ne ferait qu'accroître l'emprise des Pays-Bas. Une refonte globale qui, en vertu du droit à l'autodétermination, devra obtenir l'aval des électeurs caribéens.
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