L’arme de la policière, empruntée par son compagnon, finit par tuer ce dernier
Une prévenue, policière de son état, a été condamné tard hier soir par le tribunal correctionnel à un an d'emprisonnement ferme, pour avoir prêter, ou pour s'être vu emprunté son arme de service par son compagnon. Ce dernier, encagoulé et ainsi armé, s'était rendu avec un comparce également prévenu chez un tiers pour le menacer. C'est ce concubin qui était malencontreusement mort d'une balle tirée par le fameux pistolet.
Interrogée sur sa personnalité, la prévenue Rosana Popotte, policière de 32 ans à qui l'accusation reproche d'avoir prêter son arme de service à son compagnon repris de justice, indique à barre être en arrêt maladie depuis les faits en juillet dernier. "Mentalement, cela ne va pas. Cela rejailli sur mon fils handicapé. Lorsqu'il est mal, je suis dans le même état que lui". Elle est consciente qu'elle ne pourra plus jamais exercer comme policière. Du côté de la partie civile, Maître Georges Brédent précise que ces faits sont singuliers, car un policier est là pour protéger les citoyens et leurs biens : "Dans cette affaire impliquant une gardienne de la paix, son arme de service a été remise volontairement à son compagnon, une personne extérieure au service, à deux reprises, le 5 et le 17 juillet, sans contestation sérieuse". Cette arme aurait servi la première fois pour tourner un clip vidéo, puis dans les circonstances rappelées plus bas. La prévenue explique que son concubin la lui a dérobé. L'avocat poursuit : "Sa version ne résiste pas à l'analyse. Le lendemain, l'arme concourrait à un homicide. Cette arme, qui en aucun cas ne peut faire l'objet d'un prêt, a été détournée de son usage déterminé" plaide-t-il. Maître Jenny Morvan lui emboîte le pas pour relater "une situation inédite digne d'un polar, ou même d'un roman de science fiction. A son domicile, mon client victime est surpris dans son sommeil, il est face à deux personnes encagoulées. De façon toujours constante, il a toujours raconté la même chose. Il à réussi à saisir l'arme des mains de son assaillant. Celle-ci tombe à terre et le coup" plaide-t-elle. Signalons qu'autre cas d'école inédit : son client est victime devant le tribunal, mais mis en examen dans le cadre d'une instruction judiciaire qu se poursuit.
Une arme policière qui conduit à un homicide
Le 18 juillet dernier en effet, cette arme prêtée, ou subtilisée à la policière, on ne le saura peut-être jamais, est entre les mains de son compagnon, Jordan Calvados, défavorablement connu des services. Il se rend chez la victime au Moule avec Médrique Comuce, 22 ans, l'autre prévenu de ce dossier. Ils sont tous deux encagoulés. Dans des circonstances qui semblent étonnantes, la victime aurait réussi à désarmer Calvados. L'arme serait tombée à terre, et le coup serait parti, pour tuer le dernier nommé. La thèse paraît effectivement sortie d'un roman de science fiction, mais la procureure s'y appuie dans ses réquisitions : "Ces faits revêtent un caractère exceptionnels. Pas tant par leur nature. Mais parce que l'arme à feu qui a servi à braquer et à tuer était une arme de la police. La victime a été impressionné par la présence dans son salon de ces deux personnes encagoulées et armées. Ce sont des violences en réunion. Après le drame, le prévenu n'a pas eu le réflexe d'appeler les secours. Et même les forces de l'ordre. Il fait en sorte de s'enfuir avec la voiture, pour qu'il n'y ait pas de constatation dans ce véhicule. En lien, il y a la prévenue, Madame Popotte, qui est capable de mentir de manière répétée. Elle échange par téléphone avec son compagnon pour lui expliquer que cette fois-ci, cela va être compliqué de lui prêter son arme. Puis, en pleine nuit, elle récupère le pistolet, tranquillement. Avant d'aller porter plainte pour se l'être soit disant fait voler. Or, elle l'a prêté en conscience. Il y a eu un mort au final. Elle a fourni les moyens du meurtre. Je demande contre elle une peine de cinq années d'emprisonnement dont deux ans avec sursis probatoire. Contre lui, une peine de trois ans d'emprisonnement dont deux ans de sursis probatoire " requiert-elle.
"Comment pouvait-elle imaginer ce qui allait se passer ?"
Les deux avocats de la défense se succèdent pour leurs plaidoiries. A commencer par Maître Olivier Chipan qui explique qu'il lui arrive encore d'être surpris, après plus de vingt années de barre, mais pas toujours en bien : "La première chose, c'est que finalement, le ministère publique vous demande de juger une victime qui aurait pu être poursuivi pour homicide volontaire. Et qui est d'ailleurs mise en examen pour cela, dans le cadre d'une instruction incidente. J'en suis surpris. Puis, dès la garde à vue, l'officier de police judiciaire a indiqué à ma cliente qu'elle allait pouvoir s'exprimer devant le juge, car elle serait déférée à coup sûr. Cela est également surprenant. De l'autre côté, il y a quelqu'un qui est à 100% victime, alors qu'il avait été mis en examen initialement. Et ma cliente est à 100% coupable. On a l'impression que, comme elle est policière, aucune des règles de procédure ne doivent s'appliquer à elle. Aucun élément ne permet de soutenir qu'elle soit complice, et qu'elle savait quel acte elle était en train de soutenir en prêtant son arme. Comment pouvait-elle imaginer ce qui allait se passer ? Elle a d'ailleurs porté plainte pour se l'être fait voler. Et c'est pour cela que l'on veut l'écarter de la société. C'est sans démonstration que l'on peut la condamner ?" s'interroge l'avocat. Puis, Maître Joanna Podan conclue: "Mon client a droit à une chance. Oui, il a fauter en se déplaçant avec celui qui finalement a été tué. Mais sa place n'est pas en détention car il est inséré. Je demande la clémence". Après en avoir délibérer, les trois juges sont allé en deça des réquisitions, en condamnant Rosana Popotte à cinq ans d'emprisonnement dont quatre ans avec sursis probatoire. Et Médrique Comuce à deux ans d'emprisonnement dont un an avec sursis probatoire. Aucun mandat de dépôt n'a été délivré.
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