Prison, danse et résistance : « Les News de la MAF » débarque en Guadeloupe
Née de plusieurs années d’ateliers menés auprès de femmes incarcérées à la Maison d’arrêt des femmes de Rémire-Montjoly, en Guyane, Les News de la MAF est présentée ce samedi 10 octobre 2026 à L’Artchipel, à Basse-Terre.
Depuis 2021, Anne Meyer, Guy Gabon et Myriam Soulanges, réunies au sein du collectif ZOT (Zone d’Occupation Transitoire), développent un travail artistique auprès des femmes incarcérées à la Maison d’Arrêt des Femmes de Rémire-Montjoly, en Guyane. De ces rencontres est née Les News de la MAF, une création pluridisciplinaire qui associe performance chorégraphique, installation sonore et création visuelle. « Leurs paroles nous ont été confiées avec, pour certaines, une demande très simple : qu’elles puissent sortir de la prison et être entendues », confie le collectif.
À partir de ces voix et récits réels, les artistes ont construit une forme qui croise danse, son, vidéo et installation. « Les interprètes ne jouent pas les détenues : il s’agit de faire circuler leurs paroles autrement, avec toute la responsabilité que cela implique », précise le collectif ZOT. Les voix enregistrées apparaissent par fragments. Elles portent des souvenirs, des chants, des éclats de rire, des revendications et des moments de partage qui traversent l’espace et dialoguent avec une écriture chorégraphique fondée sur la répétition, l’endurance et la persistance.
Le lakou, espace de résistance
Au centre du dispositif se déploie le lakou, un espace chorégraphique qui, en créole, désigne à la fois une cour, un espace partagé et une manière d’habiter collectivement le monde. Il devient ici un lieu de circulation, de tension et de résistance. La performance repose sur la présence de cinq femmes aux parcours, aux générations et aux univers artistiques différents : Anne Meyer, Guy Gabon, Myriam Soulanges, Capucine Bartholi et Ludivine Mirre. Chacune traverse l’espace selon sa propre physicalité, sa manière de marcher, de tenir, d’entrer en relation.
Les trajectoires circulaires se dessinent et se répètent continuellement. Les corps empruntent les mêmes parcours, reviennent, recommencent, comme pris dans un mouvement qu’il est difficile d’interrompre. Le cercle devient alors une géométrie de la résistance à l’intérieur d’espaces rectangulaires et contraints.
Une écriture de la marche et de la persistance
L’écriture chorégraphique repose principalement sur la marche, parfois retenue, ralentie, suspendue, presque immobile ; parfois accélérée, traversée par une urgence soudaine. Peu à peu surgissent des ruptures, des tensions, des frictions, des chutes, des élans collectifs et des tentatives d’échappée. Les voix enregistrées circulent dans l’espace et se mêlent aux trajectoires des interprètes, faisant émerger des souvenirs, des imaginaires, des formes de sororité et des manières de tenir. « La pièce s’intéresse à ce qui demeure lorsque les libertés se réduisent : les stratégies de survie, les solidarités, les résistances discrètes et la capacité des corps à continuer malgré tout ».
La création visuelle s’appuie notamment sur des photographies d’Ana María Arévalo Gosen, issues de sa série Días Eternos, réalisée auprès de femmes détenues en Amérique latine. « Cette image fait écho aux réalités rencontrées lors de notre travail en détention en Guyane. Elle témoigne de la manière dont des formes de vie collective, de solidarité et de persistance continuent d’exister malgré l’enfermement », souligne le collectif.
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